Malawi : un ex-chef d’armée arrêté pour trafic d’armes vers le Soudan

Expansive aerial view showcasing agricultural fields and rural landscape near Lilongwe, Malawi.Photo : SINAL Multimédia / Pexels

L’arrestation au Malawi du général Paul Valentino Phiri, ancien chef d’état-major des Forces armées, marque un tournant inattendu dans l’enquête sur les circuits clandestins d’approvisionnement militaire liés au conflit soudanais. Interpellé puis auditionné par les autorités judiciaires de Lilongwe, l’ex-haut gradé fait l’objet de cinq chefs d’accusation portant notamment sur un présumé trafic d’armes à destination du Soudan, en guerre depuis avril 2023. L’affaire, qui connecte un petit État d’Afrique australe à la plus grave crise humanitaire du continent, met en lumière la perméabilité des chaînes logistiques militaires régionales.

Un ancien chef de l’armée malawite dans le viseur de la justice

Le général Phiri, longtemps considéré comme l’une des figures tutélaires de l’appareil sécuritaire malawite, a été présenté aux enquêteurs dans le cadre d’une procédure dont les contours restent partiellement scellés. Les charges retenues contre lui couvriraient, outre le trafic présumé d’armement, plusieurs infractions connexes relevant du droit pénal et de la législation sur les exportations stratégiques. L’ex-officier conserve, pour l’heure, la présomption d’innocence et devra répondre devant une juridiction locale des éléments rassemblés par les services d’investigation.

Son interpellation intervient dans un contexte politique sensible pour les institutions malawites, régulièrement mises en demeure de démontrer leur indépendance face aux réseaux d’influence militaro-économiques hérités des décennies précédentes. Au-delà du cas individuel, l’affaire soulève la question du contrôle civil sur les stocks d’armement et sur les circuits de réexportation susceptibles d’alimenter des théâtres de guerre situés à des milliers de kilomètres.

La guerre au Soudan, débouché clandestin des trafics régionaux

Depuis le déclenchement des combats entre l’armée régulière soudanaise et les Forces de soutien rapide (RSF) du général Mohamed Hamdan Daglo, dit Hemedti, le Soudan est devenu l’un des principaux points d’absorption des flux illicites d’armes légères et de munitions à l’échelle continentale. Les Nations unies et plusieurs centres de recherche spécialisés ont documenté, depuis deux ans, la densification des routes clandestines reliant l’Afrique de l’Est, la Corne, le Golfe et désormais l’Afrique australe au front soudanais. Le conflit a provoqué la plus importante crise de déplacés au monde, avec plus de dix millions de personnes jetées sur les routes.

Le rôle supposé d’un ancien responsable militaire malawite dans ces circuits illustre la mutation des filières. Celles-ci ne reposent plus seulement sur des intermédiaires privés opérant depuis l’Europe de l’Est ou le Moyen-Orient, mais s’appuient également sur des facilitateurs africains disposant d’un accès privilégié aux dépôts, aux documents de fin d’utilisation et aux chaînes de transport. Les autorités de Lilongwe n’ont pas précisé la nature exacte du matériel qui aurait transité, ni l’identité des commanditaires finaux présumés.

Un test pour la gouvernance sécuritaire du Malawi

Pour le président Lazarus Chakwera, confronté à une conjoncture économique difficile et à une pression croissante sur sa gouvernance, l’affaire Phiri constitue à la fois un risque réputationnel et une occasion de démontrer la fermeté de l’État de droit. Le Malawi, qui ne figure pas parmi les producteurs d’armement du continent, apparaît ici comme un maillon de transit, un statut qui pourrait fragiliser ses relations avec certains partenaires occidentaux attentifs au respect des embargos onusiens visant le Darfour.

Les suites judiciaires de l’affaire seront scrutées par les capitales régionales, à commencer par celles de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC), dont plusieurs membres s’inquiètent de l’extension des trafics transnationaux. La capacité des juridictions malawites à instruire une procédure impliquant un ancien chef d’état-major, et à remonter l’intégralité de la chaîne d’intermédiation, offrira un indicateur précieux de la maturité des mécanismes de reddition de comptes dans le secteur de la défense.

Reste à savoir si l’enquête, encore à ses prémices, parviendra à identifier les acheteurs finaux au Soudan et les éventuels relais logistiques dans les pays de transit. Les autorités n’ont, à ce stade, communiqué ni calendrier judiciaire précis ni liste exhaustive de personnes mises en cause. Selon PressAfrik, le général Phiri doit répondre de cinq chefs d’accusation distincts dans le cadre de cette procédure.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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