Jean-Noël Barrot à Bunia, foyer de l’épidémie d’Ebola en RDC

Firefighters respond to a blaze in Lagos, Nigeria, with a red fire truck and local residents observing.Photo : David Iloba / Pexels

C’est dans un contexte sanitaire et sécuritaire tendu que le chef de la diplomatie française, Jean-Noël Barrot, a choisi Bunia comme étape de sa tournée congolaise. La capitale provinciale de l’Ituri concentre les efforts de riposte contre la nouvelle flambée d’Ebola en RDC, dans une zone déjà fragilisée par les violences armées et les déplacements massifs de populations. Le ministre y a affiché la solidarité de Paris avec les autorités congolaises et les équipes médicales mobilisées sur le terrain.

Bunia, épicentre d’une nouvelle flambée d’Ebola

Bunia n’en est pas à sa première alerte hémorragique. La province de l’Ituri et sa voisine du Nord-Kivu avaient déjà payé un lourd tribut lors de l’épidémie de 2018-2020, l’une des plus meurtrières jamais recensées sur le continent. La résurgence actuelle du virus Ebola place à nouveau les équipes sanitaires devant une équation complexe, où la logistique médicale se heurte à l’insécurité chronique entretenue par les groupes armés présents dans la région.

Le déplacement de Jean-Noël Barrot vise d’abord à constater l’ampleur du dispositif de riposte déployé par les autorités de Kinshasa, appuyées par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) et plusieurs partenaires bilatéraux. En se rendant au contact des soignants, le ministre entend signifier que la France entend demeurer un acteur de la santé mondiale, après la contraction de son aide publique au développement actée dans la loi de finances. Le symbole est d’autant plus fort que l’Ituri reste difficilement accessible, isolée de Kinshasa par plus de 1 500 kilomètres et par une situation sécuritaire volatile.

Un déplacement à forte charge diplomatique

Au-delà du volet strictement sanitaire, cette visite s’inscrit dans un calendrier diplomatique chargé pour Paris sur le dossier congolais. La France soutient le processus de médiation régionale sur l’est de la RDC, où l’offensive du M23, appuyée selon plusieurs rapports onusiens par le Rwanda, a redessiné la carte des rapports de force depuis la prise de Goma et de Bukavu. En choisissant l’Ituri plutôt que le Nord-Kivu, le Quai d’Orsay évite une étape qui aurait pu être lue comme une provocation à Kigali, tout en marquant son attention aux populations civiles.

Le chef de la diplomatie française a réitéré l’appui de Paris à la souveraineté et à l’intégrité territoriale de la RDC, ligne constante défendue par Emmanuel Macron depuis sa visite à Kinshasa en mars 2023. Cette constance se double d’un pragmatisme : la France conserve des intérêts économiques dans le secteur minier congolais, en particulier dans les filières du cobalt et du cuivre, essentielles à la transition énergétique européenne. Le repositionnement français intervient alors que les États-Unis, la Chine et plusieurs capitales du Golfe multiplient les offensives sur le même terrain.

Santé mondiale et compétition d’influence

La séquence de Bunia illustre une tendance de fond : la santé publique devient un instrument assumé de la diplomatie d’influence. Les grandes puissances ont tiré les leçons de la pandémie de Covid-19 et des précédentes crises Ebola, qui avaient révélé la fragilité des systèmes sanitaires d’Afrique centrale. En apportant un soutien visible aux équipes de riposte, Paris cherche à préserver son capital de confiance auprès d’une opinion publique congolaise longtemps considérée comme hostile à l’ancien pré carré.

Reste la question des moyens. L’aide française à la santé mondiale a été rabotée dans le dernier arbitrage budgétaire, ce qui limite la portée des annonces susceptibles d’accompagner ce type de déplacement. Les autorités congolaises, de leur côté, attendent des contributions concrètes au financement du Programme national de lutte contre les épidémies, dont les besoins se chiffrent en dizaines de millions de dollars. La visite de Jean-Noël Barrot à Bunia sera jugée, in fine, à l’aune des engagements chiffrés qui en découleront dans les prochaines semaines.

Selon PressAfrik, le ministre français a tenu à saluer sur place le travail des soignants congolais et à réaffirmer l’engagement de Paris aux côtés de la RDC face à la nouvelle flambée épidémique.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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