Mali : la junte ébranlée après des attaques inédites du GSIM

Bustling street scene in downtown Luanda, Angola with historic and modern buildings.Photo : basunga visual / Pexels

L’offensive menée samedi contre plusieurs villes maliennes, jusqu’au cœur de Bamako, marque une bascule dans la crise sécuritaire qui ronge le pays depuis plus d’une décennie. Les combattants du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, ont opéré de concert avec les rebelles indépendantistes du nord du Mali, dans une coordination dont l’ampleur n’avait jamais été observée jusqu’ici. Plusieurs jours après les frappes, la situation demeure volatile, et l’autorité de la junte dirigée par le général Assimi Goïta apparaît plus fragilisée qu’à aucun autre moment depuis sa prise du pouvoir.

Une attaque coordonnée qui décapite le pilier russe de la junte

Le bilan politique de l’opération est lourd. Le numéro deux du régime, considéré comme l’architecte du rapprochement entre Bamako et Moscou, a été tué lors des combats. Sa disparition prive la junte de son principal interlocuteur avec les forces russes déployées au Mali depuis le retrait, en 2022, de la mission française Barkhane et de la Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali (Minusma). Cet officier supérieur incarnait la ligne dure du régime et la promesse d’une refondation sécuritaire adossée au Kremlin.

Sa mort intervient à un moment charnière. Depuis la dissolution officielle du groupe Wagner et son absorption progressive par l’Africa Corps, structure placée sous tutelle directe du ministère russe de la Défense, l’ancrage russe au Sahel reposait sur un nombre restreint de relais maliens. La perte de ce verrou politique fragilise la chaîne de commandement bilatérale et expose la junte à une recomposition interne dont nul ne peut prédire les contours.

Le GSIM impose un nouveau rapport de force

L’alliance tactique entre djihadistes du GSIM et indépendantistes touaregs, longtemps considérée comme improbable en raison de divergences idéologiques anciennes, change la donne sur le théâtre sahélien. Les rebelles du nord, regroupés autour du Cadre stratégique permanent, n’avaient plus mené d’offensive d’envergure depuis la prise de Kidal par l’armée malienne et ses supplétifs russes, fin 2023. La capacité démontrée samedi à frapper simultanément plusieurs villes, jusqu’à Bamako, traduit un saut qualitatif dans la planification opérationnelle des insurgés.

Selon les éléments disponibles, des négociations directes auraient été engagées entre les assaillants et les forces russes présentes sur le sol malien. Cette information, si elle se confirme, illustre l’érosion de la position de Bamako face à des acteurs étrangers qui dialoguent désormais en son nom, voire à sa place. Elle soulève aussi la question de la finalité réelle de l’engagement russe : sécuriser le régime ou préserver des intérêts économiques, notamment dans le secteur aurifère, devenus prioritaires pour Moscou.

Une Confédération des États du Sahel sous tension

L’onde de choc dépasse les frontières maliennes. Le Mali, le Burkina Faso et le Niger, réunis depuis 2024 au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), avaient fait du modèle malien la matrice de leur projet souverainiste, fondé sur la rupture avec l’ancien partenaire français et l’alliance avec la Russie. La fragilisation de Bamako affecte mécaniquement la crédibilité de cette architecture régionale, dont les performances sécuritaires sont désormais scrutées par les opinions publiques nationales et par les voisins ouest-africains.

Pour Ouagadougou et Niamey, la démonstration de force du GSIM constitue un avertissement. Les deux capitales subissent une pression djihadiste comparable, avec une emprise territoriale des groupes armés estimée à plus de 40 % de leurs surfaces respectives selon plusieurs évaluations indépendantes. Si la coordination entre insurgés sahéliens devait se généraliser, l’équation militaire de l’AES deviendrait rapidement intenable sans renforts extérieurs significatifs.

Reste la question diplomatique. La Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao), dont les trois pays de l’AES se sont retirés en janvier 2025, observe la séquence avec prudence. Plusieurs chancelleries occidentales évaluent désormais l’hypothèse d’un effondrement partiel de l’État malien, scénario qui obligerait à reconsidérer les politiques de coopération à l’échelle de tout le Sahel. Selon Le Monde Afrique, la junte n’a, à ce stade, fourni aucune communication officielle détaillée sur l’ampleur des pertes ni sur la feuille de route sécuritaire à venir.

Pour aller plus loin

Kidal : les Touaregs annoncent un accord de retrait avec les Russes · La Cédéao condamne les attaques jihadistes au Mali et appelle à l’unité · Mali : le convoi d’Africa Corps quitte Kidal sous drapeau blanc

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About the Author

Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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