Vente de Bolloré Africa Logistics : cinq banques visées en justice

A view of large cranes and cargo containers at the busy Abidjan Terminal port.Photo : Jean Marc Bonnel / Pexels

La bataille autour de la vente de Bolloré Africa Logistics connaît un nouveau rebond. Le collectif Restitution pour l’Afrique (RAF) a saisi la justice française pour contraindre cinq banques – Morgan Stanley, Hottinguer, HSBC, Société Générale et Crédit Mutuel – à livrer les pièces relatives à la cession de l’ancienne filiale africaine du groupe dirigé par Vincent Bolloré. La démarche s’inscrit dans une série de recours engagés depuis 2025 visant à reconstituer la traçabilité d’une opération devenue emblématique du désengagement français de la logistique portuaire sur le continent.

Une procédure ciblée sur les conseils financiers de la cession

Les cinq établissements visés ne sont pas choisis au hasard. Plusieurs d’entre eux ont joué un rôle de conseil, d’intermédiaire ou de teneur de comptes dans la transaction qui a transféré, en 2022, les activités africaines de transport et de logistique du groupe Bolloré à l’armateur italo-suisse MSC pour un montant annoncé à l’époque autour de 5,7 milliards d’euros. Morgan Stanley, banque d’affaires de premier plan, et la maison Hottinguer, plus discrète mais ancrée dans la finance patrimoniale française, figurent parmi les acteurs qui ont accompagné la structuration du deal. HSBC, Société Générale et Crédit Mutuel complètent ce panel, signe que RAF cherche à élargir la cartographie des flux et des bénéficiaires effectifs.

La requête déposée par le collectif vise précisément l’ouverture des archives bancaires. Un tel accès, s’il est accordé, permettrait à la justice française d’examiner les mandats, les notes d’honoraires, les correspondances internes et, plus largement, l’ensemble des documents susceptibles d’éclairer les modalités réelles de la transaction. RAF espère ainsi déterminer si les conditions de cession et la valorisation retenue ont pleinement intégré l’origine africaine des actifs et les droits potentiels des États concernés.

Un contentieux symbolique pour la souveraineté portuaire africaine

Au-delà du volet strictement bancaire, ce nouveau front judiciaire renvoie à un débat plus large sur la souveraineté logistique du continent. Bolloré Africa Logistics, devenu Africa Global Logistics après sa reprise par MSC, opérait dans seize pays africains, dont une majorité d’États francophones, et gérait des concessions stratégiques dans des ports tels qu’Abidjan, Dakar, Conakry, Lomé ou Douala. Le basculement d’un opérateur français historique vers un géant maritime mondial a été perçu, dans plusieurs capitales, comme un changement d’ère sans véritable consultation des autorités locales.

Le collectif RAF s’inscrit dans cette lecture. En réclamant la transparence sur les flux financiers, il cherche à documenter ce qu’il estime être une captation de valeur générée sur le sol africain, sans contrepartie suffisante pour les pays hôtes. La démarche est aussi politique. Elle vise à installer dans le débat public l’idée qu’une cession privée d’actifs concessionnels, même conforme au droit commercial, n’épuise pas la question des responsabilités historiques liées à la présence du groupe Bolloré en Afrique depuis les années 1980.

Une pression croissante sur les banques en matière de devoir de vigilance

Le choix de cibler des banques plutôt que les seules entités industrielles traduit une évolution du contentieux transnational. Depuis l’adoption de la loi française sur le devoir de vigilance en 2017 et le renforcement des obligations européennes en matière de lutte contre le blanchiment, les établissements financiers sont devenus des points d’appui privilégiés pour les actions de la société civile. Forcer la divulgation d’archives bancaires permet de contourner l’opacité habituelle des transactions de gré à gré et d’accéder à une matière documentaire souvent plus structurée que celle des entreprises elles-mêmes.

Reste que l’issue de la démarche est loin d’être acquise. Le secret bancaire, les règles de confidentialité commerciale et la complexité des juridictions impliquées – Paris, Londres, Genève – constituent autant d’obstacles procéduraux. Les cinq banques visées n’ont, à ce stade, pas commenté publiquement la saisine. Du côté du groupe Bolloré, qui a achevé sa sortie des activités logistiques africaines, la position constante consiste à rappeler la légalité et la transparence de l’opération conclue avec MSC.

Le dossier devrait néanmoins peser durablement sur la perception du désengagement français en Afrique de l’Ouest et centrale, alors que d’autres groupes hexagonaux réajustent leur empreinte sur le continent. Selon RFI Afrique, l’examen de cette nouvelle requête par la justice française constituera un test pour la portée réelle des actions engagées par les collectifs panafricains contre les anciens opérateurs coloniaux.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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