Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou aurait engagé ces dernières semaines une démarche pressante auprès de l’administration américaine afin d’obtenir une garantie écrite ou tacite : celle de pouvoir poursuivre des opérations militaires en territoire libanais sans entrave diplomatique. L’information, rapportée par le Wall Street Journal et reprise par le quotidien beyrouthin Al Akhbar, met en lumière la pression exercée sur Washington pour entériner un régime d’exception au Liban, près d’un an après la signature du cessez-le-feu de novembre 2024.
Une liberté d’action revendiquée au Liban-Sud
Selon les éléments diffusés par le quotidien économique américain, le chef du gouvernement israélien souhaite que la Maison-Blanche reconnaisse explicitement le droit de Tsahal à mener des frappes ciblées, des incursions et des opérations de renseignement au sud du fleuve Litani, voire au-delà. La demande dépasse la simple coordination tactique : elle vise à institutionnaliser une marge de manœuvre que les accords de cessation des hostilités étaient censés circonscrire. Le Wall Street Journal évoque des échanges directs entre l’entourage de Netanyahou et plusieurs interlocuteurs de l’équipe Trump, dans un climat où la frontière nord d’Israël demeure une obsession sécuritaire.
Cette requête intervient alors que l’armée israélienne maintient une présence sur cinq points de surveillance situés en territoire libanais, malgré les engagements pris lors de la trêve négociée fin 2024. Beyrouth dénonce de manière quasi quotidienne des violations du cessez-le-feu, qu’il s’agisse de tirs d’artillerie, de raids aériens ou de démolitions de bâtiments dans les villages frontaliers. Le gouvernement libanais, dirigé par Nawaf Salam, et la présidence de Joseph Aoun ont, à plusieurs reprises, saisi le mécanisme de supervision américano-français mis en place pour faire respecter l’accord.
Washington, arbitre courtisé d’un équilibre précaire
La démarche de Netanyahou place l’administration américaine devant un dilemme stratégique. D’un côté, l’exécutif israélien argue que le Hezbollah, affaibli mais non démantelé, profiterait de la trêve pour reconstituer ses capacités au nord du Litani. De l’autre, valider une telle liberté d’action reviendrait à vider de sa substance un accord dont Washington est garant et qui constitue, pour le Liban, l’ultime rempart contre une nouvelle escalade régionale. Plusieurs responsables américains, cités sous couvert d’anonymat par le quotidien new-yorkais, se montreraient réservés, redoutant une déstabilisation politique à Beyrouth.
L’envoyée de Donald Trump pour le dossier libanais, Morgan Ortagus, ainsi que l’émissaire Amos Hochstein avant elle, ont multiplié les navettes entre les capitales concernées pour consolider l’architecture sécuritaire issue de la trêve. Cette diplomatie repose sur un postulat : le déploiement de l’armée libanaise au sud du Litani et le retrait progressif des forces israéliennes. Or, dix mois après l’entrée en vigueur du cessez-le-feu, ni l’un ni l’autre des objectifs n’a été pleinement atteint. Une caution américaine aux opérations israéliennes risquerait d’achever de discréditer ce processus aux yeux de l’opinion libanaise.
Un signal envoyé à Téhéran et au Hezbollah
Au-delà du Liban, la requête israélienne s’inscrit dans une logique régionale plus vaste. Depuis l’affaiblissement du dispositif iranien en Syrie et la décapitation partielle de la chaîne de commandement du Hezbollah, le gouvernement Netanyahou cherche à figer un rapport de forces favorable. Obtenir le blanc-seing de Washington équivaudrait, pour Tel-Aviv, à transformer une victoire tactique en doctrine durable. À l’inverse, un refus américain marquerait un infléchissement notable de la relation bilatérale, à l’heure où plusieurs dossiers, dont la normalisation avec Riyad et la gestion d’après-guerre à Gaza, suscitent déjà des frictions.
Pour Beyrouth, l’enjeu est existentiel. Le pays, qui peine à sortir d’une crise économique entamée en 2019, ne dispose d’aucun levier militaire face à son voisin. Sa diplomatie mise sur la pression des partenaires européens, du Quai d’Orsay en particulier, et sur la médiation des pays du Golfe pour empêcher la consécration d’un droit d’ingérence permanent. La fenêtre de négociation se rétrécit, à mesure que l’hypothèse d’une reprise des hostilités gagne en consistance dans les analyses des chancelleries occidentales. Selon Al Akhbar, citant le Wall Street Journal, aucune réponse formelle de la Maison-Blanche n’a pour l’heure été communiquée.
Pour aller plus loin
Yémen : la spirale d’un effondrement économique et institutionnel · Washington et Téhéran progressent vers un accord, selon J.D. Vance · Khamenei accuse l’ennemi d’attiser les divisions pour masquer ses revers

Be the first to comment on "Netanyahou réclame à Washington une liberté d’action militaire au Liban"