OQTF : le ministre algérien de l’Intérieur en visite à Paris

A bustling interior of the iconic Musée d'Orsay in Paris, France.Photo : MuffinLand / Pexels

La visite à Paris de Saïd Sayoub, ministre algérien de l’Intérieur, lundi 1ᵉʳ juin, marque une étape concrète dans la reprise du dialogue franco-algérien, à l’arrêt depuis l’été 2024. Au cœur des discussions figure le contentieux des obligations de quitter le territoire français (OQTF) visant des ressortissants algériens, dossier devenu symbole des tensions migratoires entre les deux capitales. Le déplacement traduit une volonté partagée de désamorcer un différend qui empoisonnait la relation bilatérale depuis la reconnaissance par Paris du plan marocain d’autonomie pour le Sahara occidental.

Une normalisation diplomatique amorcée en sourdine

Après plusieurs mois de gel quasi total des canaux de coopération, les signes de réchauffement se sont multipliés depuis février. Les services consulaires algériens, longtemps accusés par les préfectures françaises d’entraver la délivrance des laissez-passer indispensables à l’exécution des mesures d’éloignement, ont progressivement repris leur activité. Cette inflexion discrète a précédé la séquence politique qui se joue désormais au sommet des deux exécutifs.

La visite du ministre algérien intervient alors que la question migratoire reste un sujet hautement sensible dans le débat français. Du côté du ministère de l’Intérieur de la place Beauvau, l’enjeu consiste à obtenir des engagements opérationnels sur la réadmission des personnes faisant l’objet d’une OQTF. Pour Alger, il s’agit en parallèle de réaffirmer la souveraineté de ses procédures consulaires tout en consolidant un rapprochement utile sur les plans économique et sécuritaire.

Les laissez-passer consulaires, point névralgique du contentieux

Le laissez-passer consulaire constitue le document sans lequel aucun éloignement effectif ne peut être conduit vers le pays d’origine. Pendant plus d’un an, les autorités algériennes ont restreint leur délivrance, en représailles à plusieurs décisions françaises jugées hostiles à Alger. Cette rétention administrative s’était traduite par une chute spectaculaire du taux d’exécution des OQTF concernant les ressortissants algériens, alimentant les critiques internes contre la diplomatie de l’Élysée.

Depuis quelques mois, des préfets témoignent d’un redémarrage tangible des procédures. Les services algériens auraient, selon plusieurs sources administratives, repris l’examen au cas par cas des demandes transmises par les préfectures, sans pour autant rétablir un flux comparable à celui qui prévalait avant la crise. La visite ministérielle vise précisément à formaliser ce qui se pratique déjà sur le terrain et à fixer un cadre prévisible aux échanges techniques.

Un agenda bilatéral qui dépasse la seule question migratoire

Au-delà du dossier des OQTF, la séquence parisienne offre l’occasion d’aborder la coopération policière, la lutte antiterroriste et la circulation transméditerranéenne. Les deux pays partagent un intérêt structurel à fluidifier leurs échanges sécuritaires, notamment sur le suivi des filières criminelles et la prévention de la radicalisation. La diaspora algérienne, l’une des plus nombreuses installées en France, demeure un facteur de proximité que ni Paris ni Alger ne peuvent ignorer durablement.

La question de l’affaire Boualem Sansal, condamné en Algérie et dont la situation cristallise les inquiétudes des autorités françaises, plane également sur le déplacement. Si elle n’apparaît pas comme un point officiel de l’ordre du jour, elle illustre la fragilité de la normalisation en cours. Tout incident judiciaire ou diplomatique conserve la capacité de relancer un cycle de représailles, comme l’a montré la séquence ouverte à l’été 2024.

Pour les chancelleries des deux rives, l’enjeu consiste désormais à transformer ces gestes mesurés en architecture durable. La reprise de la coopération consulaire, si elle se confirme, pourrait servir de socle à une réactivation plus large des instruments bilatéraux, y compris dans les domaines économique et énergétique. Reste à savoir si la visite du ministre algérien suffira à enclencher cette dynamique ou si elle s’inscrira dans une succession de gestes ponctuels sans portée structurelle. Selon Le Monde Afrique.

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Kouadio N'Guessan
Correspondant diplomatique, Kouadio N'Guessan suit les sommets africains, les négociations multilatérales et les relations bilatérales entre États du continent. Ancien attaché de presse dans une mission diplomatique, il apporte une connaissance fine des coulisses institutionnelles de la CEDEAO, de l'Union africaine et des partenariats Sud-Sud.

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