Qabalan appelle à un règlement saoudo-iranien au Liban

Captured view of Beirut's skyline with the Lebanese flag during sunset, showcasing urban architecture.Photo : Jo Kassis / Pexels

L’appel à une tsaouia saoudo-iranienne au Liban formulé par cheikh Ali al-Khatib Qabalan intervient à un moment où Beyrouth tente de stabiliser son architecture institutionnelle, après l’élection du chef de l’État Joseph Aoun et la formation du gouvernement de Nawaf Salam. Pour cette voix influente de la communauté chiite libanaise, la sortie de crise ne peut être strictement domestique : elle suppose un accord entre les deux grandes capitales régionales dont les rivalités structurent depuis plus d’une décennie les rapports de force au pays du Cèdre.

Un règlement régional comme préalable à la stabilité libanaise

Dans son intervention, le dignitaire religieux estime que les blocages internes — qu’il s’agisse de l’armement de la résistance, des nominations sécuritaires ou de la reconstruction du Sud — ne trouveront pas d’issue tant que Riyad et Téhéran n’auront pas posé les termes d’un compromis applicable au théâtre libanais. La logique est familière à Beyrouth : depuis l’accord de Taëf de 1989, les grands tournants politiques libanais ont régulièrement été scellés par des parrainages extérieurs, qu’ils soient saoudien, syrien, français ou iranien.

Qabalan inscrit son raisonnement dans le sillage du rapprochement diplomatique entamé en mars 2023 entre l’Arabie saoudite et l’Iran sous médiation chinoise. Ce dégel, qui a permis la réouverture d’ambassades, n’a pas encore produit ses effets concrets sur les dossiers périphériques où les deux puissances s’affrontent par procuration, en particulier le Yémen, l’Irak et le Liban. Le dignitaire chiite suggère, en creux, que Beyrouth pourrait constituer le prochain banc d’essai d’une détente substantielle.

Un message politique adressé au président Aoun

La seconde dimension de l’intervention vise directement le chef de l’État. Élu en janvier 2025 après plus de deux années de vacance présidentielle, Joseph Aoun s’est engagé à restaurer le monopole étatique sur les armes, une formulation qui touche frontalement le statut militaire du Hezbollah. Qabalan met en garde contre toute approche qui chercherait à régler cette question par la pression unilatérale, alors que le Sud-Liban demeure exposé aux frappes israéliennes malgré le cessez-le-feu négocié fin novembre 2024.

Le dignitaire rappelle que la communauté chiite ne saurait être traitée comme une variable d’ajustement dans les arbitrages institutionnels. Sa déclaration s’apparente à un avertissement feutré : tout glissement vers une marginalisation politique du Hezbollah et de son allié Amal compromettrait l’équilibre confessionnel hérité de Taëf. L’argument trouve un écho dans une partie de l’establishment libanais, soucieux d’éviter une rechute dans les fractures de 2008.

Beyrouth, théâtre persistant des rivalités du Golfe

L’économie politique du message tient aussi à son timing. Riyad a, ces derniers mois, multiplié les signaux d’un possible retour au Liban, conditionné toutefois à des réformes structurelles et à un recentrage du pouvoir loin de l’orbite iranienne. Téhéran, de son côté, a réaffirmé son soutien au Hezbollah après la séquence militaire de l’automne 2024 contre Israël, tout en laissant entendre qu’un dialogue régional élargi restait possible. Entre ces deux postures, Beyrouth cherche un équilibre que ses dirigeants peinent à formaliser.

Concrètement, la proposition de Qabalan revient à conditionner les réformes intérieures — désarmement, redéploiement de l’armée au sud du Litani, négociation avec le Fonds monétaire international — à un cadre régional plus large. Les chancelleries occidentales, qui poussent pour une mise en œuvre rapide de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, observeront avec attention cette tentative de réinscrire la question libanaise dans la grammaire saoudo-iranienne.

Reste que la marge de manœuvre du président Aoun demeure étroite. Pris entre les exigences de Washington et de Paris, les attentes des bailleurs du Golfe et les lignes rouges de la composante chiite, le chef de l’État doit composer sans pouvoir s’aliéner aucun camp. L’intervention de Qabalan, sans rompre avec la ligne traditionnelle du Conseil chiite, vient rappeler que toute feuille de route purement libano-libanaise risquerait de buter sur les réalités régionales. Selon Al Akhbar, le dignitaire entend poursuivre ses consultations dans les semaines à venir.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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