La commission parlementaire de l’Éducation au Liban a demandé au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur de surseoir à la tenue des examens officiels, en jugeant que le calendrier proposé ne tient pas compte du contexte de guerre et de déplacement intérieur qui touche le pays. Les députés membres de cette instance considèrent que la procédure arrêtée par l’administration centrale méconnaît la réalité vécue par les établissements et les familles, dans un système éducatif déjà fragilisé par plusieurs années de crise économique.
Une mécanique administrative jugée déconnectée du terrain
Au cœur du désaccord figure le dispositif technique retenu par le ministère pour organiser les épreuves. Les parlementaires estiment que cette mécanique, conçue dans des conditions de fonctionnement normales, ne s’ajuste pas à la situation actuelle. Les bombardements dans plusieurs régions, la fermeture prolongée d’écoles publiques et privées, ainsi que la transformation d’établissements en centres d’hébergement pour familles déplacées ont profondément perturbé le déroulement de l’année scolaire.
La commission relève en particulier que les élèves originaires des zones les plus exposées au conflit n’ont pas bénéficié d’un volume horaire d’enseignement comparable à celui de leurs camarades issus de régions plus stables. Cette inégalité d’accès à la préparation rend, selon les députés, inéquitable la tenue d’examens nationaux uniformes selon le calendrier initialement envisagé par le ministère.
Un système scolaire éprouvé par plusieurs chocs successifs
Le secteur éducatif libanais traverse depuis 2019 une période de turbulences inédites. L’effondrement de la livre, la pandémie de Covid-19, l’explosion du port de Beyrouth en août 2020, puis l’aggravation des tensions militaires dans le sud du pays et la banlieue sud de la capitale ont successivement entamé la capacité de l’État à assurer la continuité pédagogique. Les enseignants du public ont multiplié les mouvements de grève pour réclamer la revalorisation de leurs salaires, fortement dépréciés par la chute monétaire.
À ces fragilités structurelles s’ajoute la vague récente de déplacements internes provoquée par les hostilités. Plusieurs centaines de milliers de personnes ont dû quitter leurs localités d’origine, emmenant avec elles des enfants scolarisés dans des cycles préparatoires aux examens officiels, notamment le brevet et le baccalauréat libanais. La réaffectation de bâtiments scolaires à l’accueil des familles déplacées a contraint nombre d’établissements à fonctionner en horaires alternés ou à basculer vers un enseignement à distance, dont la qualité reste inégale.
Une demande qui replace l’équité au centre du débat
En réclamant le report des épreuves, la commission parlementaire fait du principe d’équité pédagogique son argument principal. Les députés considèrent que valider des examens dans les conditions actuelles reviendrait à entériner une rupture d’égalité entre candidats, certains ayant suivi un cursus quasi normal, d’autres ayant à peine pu accéder à leurs manuels. Cette position rejoint les inquiétudes exprimées par des associations de parents d’élèves et par des syndicats enseignants, qui plaident depuis plusieurs semaines pour un aménagement du calendrier et des contenus.
Le ministère, pour sa part, défend la tenue des examens officiels comme un marqueur de continuité institutionnelle, dans un pays où l’État peine à projeter une image de stabilité. La validation des diplômes nationaux conditionne par ailleurs l’inscription dans l’enseignement supérieur, qu’il soit public à l’Université libanaise ou privé. Tout report comporte donc des effets en chaîne sur l’ensemble du calendrier universitaire, sur les bourses d’études et sur les filières professionnelles.
Reste à savoir si l’arbitrage final tiendra compte de la pression parlementaire. Une concertation entre la commission, le ministère et les représentants du corps enseignant pourrait déboucher sur une formule hybride, combinant report partiel, allègement des programmes et adaptation des modalités d’évaluation pour les élèves issus des zones de conflit. Selon Al Akhbar, la commission a explicitement pointé l’absence de prise en compte de la guerre et du déplacement dans le mécanisme actuel du ministère.
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