L’ancien président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi est décédé jeudi 28 mai à Riyad, à l’âge de 80 ans, a annoncé la présidence du Yémen. Le chef de l’État en exil depuis 2015 a succombé à une crise de santé soudaine dans la capitale saoudienne, selon une source proche de l’institution présidentielle. Trois jours de deuil national ont été décrétés pour saluer la mémoire d’un dirigeant indissociable d’une décennie de guerre civile et d’effondrement institutionnel.
La disparition d’Abd Rabbo Mansour Hadi referme un chapitre crucial de l’histoire politique récente du Yémen. Arrivé au pouvoir en 2012 dans le sillage des soulèvements du Printemps arabe, il avait succédé à Ali Abdallah Saleh à l’issue d’un processus de transition parrainé par les monarchies du Golfe. Son mandat, conçu comme une parenthèse de stabilisation, s’est rapidement transformé en l’un des conflits les plus meurtriers de la région.
Un parcours militaire devenu trajectoire présidentielle
Né en 1945 dans la province méridionale d’Abyan, Abd Rabbo Mansour Hadi avait gravi les échelons de l’institution militaire avant de se rallier au camp de Sanaa lors de la guerre civile de 1994 contre les sécessionnistes du Sud. Cette fidélité lui avait valu le poste de vice-président sous Ali Abdallah Saleh, fonction qu’il occupa près de deux décennies dans une relative discrétion. Son profil consensuel, jugé inoffensif par les principaux acteurs régionaux, expliqua son émergence comme candidat unique à la présidentielle de février 2012.
L’initiative du Conseil de coopération du Golfe (CCG), validée par les Nations unies, prévoyait un mandat transitoire de deux ans. Le calendrier ne fut jamais tenu. Confronté à la montée en puissance de la rébellion houthie, soutenue par Téhéran, le président élu vit son autorité s’éroder mois après mois. En septembre 2014, les insurgés s’emparèrent de Sanaa. Quelques mois plus tard, en mars 2015, Hadi fuyait Aden puis le pays pour se réfugier à Riyad.
La coalition arabe et le glissement vers l’exil saoudien
Son départ déclencha l’intervention militaire conduite par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, lancée le 26 mars 2015. Officiellement destinée à rétablir la légitimité constitutionnelle, l’opération s’enlisa rapidement dans un conflit asymétrique. Le bilan humanitaire est demeuré dramatique : selon les agences onusiennes, plus de 150 000 personnes ont péri du fait des combats directs, et plusieurs centaines de milliers sont mortes des effets indirects de la guerre, famine et effondrement sanitaire compris.
Cantonné à Riyad, Abd Rabbo Mansour Hadi a vu son rôle politique se réduire à mesure que les parrains régionaux reprenaient la main sur le dossier yéménite. Sa marginalisation s’est confirmée en avril 2022, lorsqu’il transféra ses pouvoirs à un Conseil de direction présidentielle composé de huit membres représentant les différentes factions anti-houthies. Cette restructuration, orchestrée sous l’égide saoudienne, scellait de facto la fin de son magistère.
Un héritage politique sous le poids de la guerre
La mémoire qu’Abd Rabbo Mansour Hadi laisse aux Yéménites demeure ambivalente. Pour ses partisans, il incarne la continuité de la légitimité constitutionnelle face à un coup de force armé. Pour ses détracteurs, il symbolise un pouvoir incapable d’empêcher l’effondrement de l’État et trop dépendant des capitales étrangères. Cette ambiguïté pèsera sur la manière dont les acteurs politiques de Sanaa, d’Aden et de Riyad gèreront l’après.
Sa disparition intervient dans une séquence diplomatique sensible. Les pourparlers indirects entre Riyad et le mouvement Ansar Allah, parrainés notamment par Oman, cherchent à consolider une trêve fragile entamée en 2022 et à dessiner les contours d’un règlement politique. La perte d’une figure historique du camp loyaliste pourrait redistribuer les équilibres au sein du Conseil de direction présidentielle, déjà traversé par des rivalités entre courants nordistes et sudistes. Les chancelleries régionales suivront avec attention les funérailles et les hommages officiels, marqueurs des recompositions à venir.
Pour aller plus loin
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