Les assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) se poursuivent à Brazzaville, où la quatrième journée des travaux, ce jeudi 28 mai 2026, met l’accent sur les chantiers structurants de la transformation économique continentale. Réunis dans la capitale congolaise, gouverneurs, ministres, dirigeants d’institutions financières et partenaires techniques alimentent un agenda dense, dont les conclusions sont scrutées par les chancelleries et les investisseurs présents sur le continent.
Aviation et santé, leviers d’une approche catalytique
La matinée s’ouvre, entre 08h00 et 09h00 à l’Hilton Tours Jumelles, sur une session consacrée à l’approche catalytique pour la transformation de l’Afrique, déclinée autour de deux secteurs jugés stratégiques : l’aviation et la santé. Le choix de ce couplage n’est pas anodin. Le transport aérien demeure le maillon faible de l’intégration physique du continent, avec une connectivité intra-africaine très inférieure à celle observée sur d’autres marchés émergents. La pandémie de Covid-19 a, parallèlement, mis à nu la dépendance pharmaceutique du continent et la fragilité de ses chaînes d’approvisionnement sanitaires.
L’enjeu, pour la BAD, consiste à articuler son intervention financière autour d’effets d’entraînement. Concrètement, il s’agit d’orienter capitaux concessionnels et garanties vers des projets capables de mobiliser, à leur tour, des financements privés. La réflexion menée à Brazzaville s’inscrit dans la continuité du Pharmaceutical Action Plan adopté par l’institution et des programmes de soutien aux compagnies aériennes africaines, dont plusieurs continuent d’opérer dans une situation financière tendue.
Le forum Integrate Africa, temps fort de la journée
De 09h00 à 16h00, la Cuvette Ouest Tent accueille le forum inaugural Integrate Africa, placé sous l’intitulé « Made in Africa, Trade in Africa ». Cette première édition ambitionne de devenir un rendez-vous récurrent dédié à l’intégration commerciale et industrielle. Le rendez-vous réunit décideurs publics, institutions financières, opérateurs privés et partenaires techniques autour d’une question centrale : comment faire en sorte que ce qui est produit en Afrique soit effectivement consommé et échangé en Afrique.
La problématique reste pressante. Malgré l’entrée en vigueur de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf), les échanges intra-africains plafonnent autour de 15 % du commerce total du continent, loin des niveaux observés en Asie ou en Europe. Les freins sont connus : déficit d’infrastructures, barrières non tarifaires, fragmentation monétaire, faiblesse des chaînes de valeur régionales. Le forum vise précisément à identifier les leviers susceptibles d’accélérer la convergence entre politiques industrielles nationales et ambitions continentales.
Brazzaville, scène diplomatique de l’année financière africaine
Pour le Congo-Brazzaville, l’accueil de ces assemblées constitue un marqueur diplomatique de premier plan. Le pays, qui cherche à diversifier une économie encore largement adossée aux hydrocarbures, met à profit ce rendez-vous pour renforcer sa visibilité auprès des bailleurs et des investisseurs. La ville héberge plusieurs milliers de délégués, parmi lesquels figurent les gouverneurs représentant les États membres régionaux et non régionaux de l’institution.
Au-delà des séances plénières, l’événement sert de cadre à une intense activité de coulisses : signatures de mémorandums, rencontres bilatérales, présentations de pipelines de projets. Les institutions financières de développement, banques commerciales et fonds souverains présents sur place y évaluent les opportunités d’engagement aux côtés de la BAD, dont le portefeuille demeure l’un des plus diversifiés du continent.
Reste que les assemblées s’ouvrent dans un environnement international tendu. Resserrement monétaire mondial, surendettement de plusieurs États africains, recul de l’aide publique au développement de certains partenaires traditionnels : autant de variables qui pèsent sur les marges de manœuvre de l’institution panafricaine. Les arbitrages annoncés à Brazzaville, notamment en matière d’allocation des ressources du Fonds africain de développement, seront examinés de près au regard de la capacité de la Banque à maintenir son rôle contracyclique.
Selon Financial Afrik, la troisième journée du sommet doit consolider plusieurs annonces structurantes attendues d’ici la clôture des travaux.
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