Yémen : Ansar Allah donne 48 heures à Riyad pour lever le blocus

Majestic Dar al-Hajar rock palace in Yemen under a clear blue sky, showcasing unique architecture.Photo : YUKSEL OZDEMIR / Pexels

La direction politique du mouvement Ansar Allah, communément désigné comme les Houthis, a formulé une mise en demeure inédite à l’égard de l’Arabie saoudite, exigeant la levée du blocus imposé à l’aéroport de Sanaa dans un délai de 48 heures. Le message, adressé publiquement à Riyad, promet en cas d’inaction un traitement symétrique visant l’aéroport international de la capitale saoudienne. Cette annonce, relayée depuis Sanaa, ravive une confrontation régionale que les tractations diplomatiques des derniers mois semblaient avoir figée.

Un ultimatum qui rompt la trêve rhétorique

Depuis le lancement des discussions parrainées par Oman entre Riyad et la direction houthie, la tonalité des échanges publics s’était nettement adoucie. La formule employée cette fois par Ansar Allah — « l’aéroport de Sanaa contre l’aéroport de Riyad » — marque une rupture explicite avec cette séquence. Elle réintroduit la logique de réciprocité stratégique qui avait présidé, entre 2019 et 2022, aux frappes de drones et de missiles balistiques houthis sur les installations pétrolières et aéroportuaires du royaume.

La revendication porte sur la réouverture pleine et entière de l’aéroport international de Sanaa aux vols commerciaux, alors que les liaisons y demeurent limitées et soumises à un régime d’inspection contrôlé par la coalition dirigée par Riyad. Pour la direction d’Ansar Allah, le maintien de ces restrictions constitue la principale entrave humanitaire pesant sur les zones qu’elle administre, qui abritent la majorité démographique du pays.

Riyad face à une équation sécuritaire alourdie

La menace visant l’aéroport de Riyad n’est pas anodine sur le plan opérationnel. Les Houthis ont démontré, tout au long du conflit yéménite, une capacité de frappe à longue portée par drones suicides et missiles de croisière, ciblant Abha, Djeddah ou encore les installations d’Aramco à Abqaiq. Le royaume, qui a engagé des investissements massifs dans la défense aérienne, notamment via les batteries Patriot et le système THAAD américain, a néanmoins essuyé plusieurs frappes ayant atteint leurs cibles.

Depuis le déclenchement de la guerre à Gaza en octobre 2023, Ansar Allah a par ailleurs élargi son théâtre d’opérations à la mer Rouge et au détroit de Bab el-Mandeb, revendiquant des attaques contre le trafic maritime jugé lié à Israël. Cette montée en puissance opérationnelle donne aujourd’hui à l’ultimatum de Sanaa une crédibilité que Riyad ne peut ignorer, alors même que le prince héritier Mohammed ben Salmane s’emploie à sanctuariser le territoire saoudien pour sécuriser les mégaprojets de Vision 2030.

Un signal envoyé au-delà de la péninsule

La séquence dépasse le cadre bilatéral. En haussant le ton à ce moment précis, Ansar Allah adresse également un message à Washington et à Tel-Aviv, à l’heure où l’administration américaine cherche à consolider une architecture régionale associant les monarchies du Golfe. La démonstration de nuisance à laquelle procède le mouvement yéménite entend rappeler qu’aucun règlement régional durable ne pourra s’opérer sans intégration du dossier de Sanaa.

Pour l’Arabie saoudite, l’enjeu est double. Céder ouvertement à l’ultimatum reviendrait à reconnaître la parité stratégique revendiquée par les Houthis, ce que Riyad refuse depuis 2015. À l’inverse, une escalade militaire compromettrait la feuille de route de désengagement du bourbier yéménite patiemment construite avec la médiation omanaise et le soutien discret de Pékin depuis la réconciliation saoudo-iranienne de mars 2023.

Les prochaines heures diront si cette sortie relève d’un coup de pression tactique, destiné à peser sur les négociations en cours, ou si elle annonce une véritable rupture du modus vivendi installé depuis la trêve d’avril 2022. Dans les deux cas, la centralité du dossier yéménite dans l’équilibre du Golfe se trouve confirmée. Selon Al Akhbar, la direction d’Ansar Allah a explicitement lié le sort de l’aéroport de Riyad à celui de Sanaa.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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