La CEDEAO évalue les offres pour un second câble sous-marin

A cable ship named ASEAN Restorer navigating in clear ocean waters, highlighting maritime technology.Photo : Jeffry Surianto / Pexels

La Commission de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a ouvert à son siège d’Abuja une phase décisive dans le déploiement d’un second câble sous-marin destiné à la sous-région. Les délégations réunies dans la capitale nigériane examinent les propositions techniques et financières présentées par les candidats à ce chantier structurant. L’objectif affiché consiste à doter l’Afrique de l’Ouest d’une infrastructure de secours capable d’absorber les défaillances du réseau existant et de soutenir la montée en charge des usages numériques.

Le projet répond à une vulnérabilité désormais bien documentée. En mars 2024, la rupture simultanée de plusieurs câbles au large des côtes ivoiriennes et sénégalaises avait privé de connexion des pans entiers du continent, exposant la fragilité d’une architecture reposant sur un nombre limité d’artères optiques. Depuis, la question de la redondance est devenue un sujet politique autant que technique pour les capitales ouest-africaines.

Une réponse à la vulnérabilité des infrastructures ouest-africaines

Le futur câble régional viendrait doubler les capacités déjà offertes par les systèmes internationaux qui longent la façade atlantique, du Maroc à l’Afrique du Sud. Contrairement à ces infrastructures majoritairement pilotées par des consortiums privés et des géants du numérique, l’initiative de la CEDEAO revendique une gouvernance communautaire. Les États membres cherchent à conserver la maîtrise d’un actif jugé stratégique pour la souveraineté numérique régionale.

Concrètement, l’appel à propositions porte sur la conception, la pose et l’exploitation d’un système reliant les principales places économiques du littoral, de Dakar à Lagos en passant par Abidjan, Accra et Cotonou. La bande passante disponible conditionnera le développement des centres de données, du cloud souverain et des services financiers mobiles, secteurs identifiés comme prioritaires par la Commission.

Un enjeu de souveraineté numérique régionale

La démarche s’inscrit dans le prolongement du programme régional pour le développement des infrastructures numériques, adopté par les chefs d’État de la CEDEAO au cours des dernières années. Ce cadre vise à harmoniser les régulations, à faire baisser le coût de l’itinérance et à stimuler la circulation des données à l’intérieur du bloc. Reste que la mise en œuvre s’est heurtée à la fragmentation des marchés nationaux et à la disparité des niveaux de développement entre pays côtiers et pays enclavés.

Les délégués réunis à Abuja doivent également trancher la question du modèle économique. Deux hypothèses circulent : un consortium public-privé associant les opérateurs historiques de la zone, ou une structure ad hoc portée directement par la CEDEAO avec des concours de bailleurs multilatéraux. La Banque africaine de développement et la Banque mondiale figurent parmi les partenaires financiers pressentis, sans qu’aucune enveloppe n’ait été officiellement arrêtée à ce stade.

Vers une nouvelle architecture pour la connectivité ouest-africaine

Le contexte concurrentiel pèse également sur les arbitrages. Meta et Google ont accéléré le déploiement de leurs propres systèmes, à l’image de 2Africa et Equiano, qui atterrissent depuis 2022 sur plusieurs côtes ouest-africaines. Ces câbles privés offrent des capacités massives, mais placent une part croissante du trafic africain sous la dépendance d’acteurs extra-continentaux. Les autorités régionales entendent équilibrer cette configuration par une infrastructure dont la gouvernance et la tarification resteraient sous contrôle communautaire.

Sur le plan technique, les offres soumises devront intégrer des exigences de cybersécurité renforcées et des capacités de bascule automatique en cas d’incident. La profondeur des ateliers d’évaluation, qui associent régulateurs nationaux, opérateurs et experts indépendants, témoigne du niveau d’exigence attendu par la Commission. Un calendrier précis de sélection du candidat retenu devrait être communiqué à l’issue des travaux d’Abuja.

Au-delà de la seule dimension d’ingénierie, ce chantier engage la crédibilité de la CEDEAO comme maître d’ouvrage de projets régionaux, à un moment où l’organisation traverse une phase de recomposition politique marquée par le retrait annoncé de trois États sahéliens. Réussir le pari du câble sous-marin permettrait de démontrer la capacité du bloc à produire des biens publics régionaux tangibles pour ses citoyens et ses entreprises. Selon PressAfrik.

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Prosper Mbouma
Journaliste économique spécialisé dans les télécommunications et la souveraineté numérique. Ancien correspondant pour plusieurs publications panafricaines, Prosper Mbouma suit depuis une décennie les stratégies des opérateurs mobiles, les politiques spectrales et l'infrastructure numérique de l'Afrique francophone. Il analyse régulièrement les implications géopolitiques de la 5G et des câbles sous-marins.

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