Liban : mandat d’amener contre le journaliste Hassan Olleik

Close-up of stacked newspapers on a table, representing media and journalism.Photo : Mike van Schoonderwalt / Pexels

Les autorités judiciaires libanaises ont émis un mandat d’amener contre Hassan Olleik, journaliste au quotidien beyrouthin Al Akhbar, en raison de contenus jugés attentatoires à la personne du prince héritier saoudien Mohammed ben Salman. La mesure, rendue publique par le journal lui-même, intervient dans un climat politique où l’influence de Riyad sur Beyrouth n’a cessé de se renforcer depuis l’élection du nouveau chef de l’État libanais et la formation de son gouvernement. Elle marque une nouvelle escalade dans les rapports entre la presse d’opposition et un pouvoir accusé de dérive sécuritaire.

Une procédure judiciaire aux motifs politiques

Selon le récit publié par Al Akhbar, la convocation a été délivrée par le parquet à la demande de plaintes liées à des publications de Hassan Olleik sur les réseaux sociaux et dans les colonnes du quotidien. Le journaliste, connu pour ses enquêtes sur les dossiers sécuritaires et régionaux, avait multiplié les prises de position hostiles à la politique conduite par Mohammed ben Salman, notamment sur les volets yéménite et libanais. La qualification retenue relèverait de l’atteinte à un chef d’État étranger, un motif régulièrement mobilisé par les juridictions libanaises pour restreindre la parole critique visant les monarchies du Golfe.

La rédaction d’Al Akhbar dénonce une instrumentalisation de la justice, estimant que le dossier n’aurait pas prospéré sans pression diplomatique directe. Le quotidien parle sans détour d’un basculement vers un régime qu’il qualifie d’État policier, où la critique de la famille Al Saoud deviendrait de fait prohibée. La démarche s’inscrit dans une série de convocations et de poursuites qui ont visé, ces dernières années, plusieurs voix libanaises ayant mis en cause la politique régionale saoudienne.

Le poids retrouvé de Riyad sur Beyrouth

Depuis l’arrivée au pouvoir de Joseph Aoun à la présidence de la République et la nomination de Nawaf Salam à la tête du gouvernement, l’axe Beyrouth-Riyad a été spectaculairement réactivé. L’Arabie saoudite, qui s’était mise en retrait du dossier libanais durant plusieurs années, a repris pied à travers un soutien financier conditionné et un accompagnement diplomatique appuyé. Ce retour en force s’accompagne, selon Al Akhbar, d’exigences implicites en matière de traitement médiatique et politique de la monarchie wahhabite.

Pour les observateurs, la convocation du journaliste illustre le prix payé par la classe politique libanaise pour sécuriser l’appui financier du royaume. Riyad, qui négocie parallèlement la levée de son interdiction d’exportation vers le Liban et un possible retour de ses ressortissants, entend obtenir des garanties sur le traitement réservé à ses dirigeants dans l’espace public libanais. La judiciarisation de la critique s’inscrit dans cette logique transactionnelle, où la liberté d’expression devient une variable d’ajustement diplomatique.

Un précédent pour la presse d’opposition

Al Akhbar, quotidien historiquement proche de l’axe de la résistance et du Hezbollah, se retrouve en première ligne de cette recomposition. Ses journalistes ont été convoqués à plusieurs reprises depuis le début de l’année, dans un mouvement que la direction du journal décrit comme une entreprise systématique de bâillonnement. Le cas Olleik, par sa cible et par la publicité qui lui est donnée, pourrait faire jurisprudence et dissuader les rédactions de couvrir avec la même liberté les affaires touchant à la maison Saoud.

Les organisations libanaises de défense de la presse rappellent que l’article 384 du code pénal, invoqué dans ce type de procédure, entre en contradiction avec les engagements internationaux de Beyrouth en matière de libertés publiques. Reste que sa mobilisation croissante, à géométrie variable selon les personnalités visées, témoigne d’un rétrécissement tangible du champ de la critique politique. Le sort réservé à Hassan Olleik sera scruté au-delà du seul cercle médiatique, tant il engage la crédibilité du nouvel exécutif libanais sur le terrain des libertés fondamentales. Selon Al Akhbar.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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