Beyrouth : la banlieue sud à nouveau sous menace de frappes israéliennes

Captured view of Beirut's skyline with the Lebanese flag during sunset, showcasing urban architecture.Photo : Jo Kassis / Pexels

La banlieue sud de Beyrouth, communément appelée Dahié, a connu une nouvelle journée de tension après la réactivation des menaces israéliennes visant plusieurs quartiers densément peuplés. Selon le quotidien libanais Al Akhbar, des sommations d’évacuation diffusées par l’armée israélienne ont déclenché un mouvement de départ précipité, plongeant les axes routiers de l’agglomération dans une congestion exceptionnelle et ravivant le traumatisme des bombardements de l’automne 2024.

Une banlieue sud sous menace permanente malgré le cessez-le-feu

La trêve conclue fin novembre 2024 entre Israël et le Hezbollah, sous médiation américano-française, n’a pas mis fin aux frappes ciblées sur le territoire libanais. La Dahié, fief politique et social du parti chiite, demeure un théâtre privilégié des opérations israéliennes, officiellement justifiées par la traque de cadres militaires du mouvement. Les avertissements publiés sur les réseaux sociaux par le porte-parole arabophone de Tsahal précèdent désormais systématiquement les raids, transformant chaque alerte en signal de panique pour des dizaines de milliers d’habitants.

Le scénario s’est répété cette semaine. Des périmètres précis ont été désignés dans plusieurs quartiers, sommant les résidents de s’éloigner d’immeubles présentés comme abritant des installations du Hezbollah. En quelques minutes, les artères menant vers Beyrouth-centre, la montagne du Chouf ou la plaine de la Bekaa se sont saturées. Les témoignages recueillis sur place évoquent une scène devenue tristement familière depuis l’offensive de septembre 2024, lorsque la destruction du quartier général souterrain et l’élimination de Hassan Nasrallah avaient provoqué un exode massif vers le nord et l’est du pays.

Un déplacement temporaire qui pèse sur une économie exsangue

Les déplacements forcés, même de courte durée, alourdissent une crise économique qui dure depuis 2019. Le Liban, dont la monnaie a perdu plus de 95 % de sa valeur, peine à absorber le coût social de ces évacuations à répétition. Les commerçants de la banlieue sud, déjà fragilisés par la guerre de 2024, voient leur activité s’effondrer à chaque nouvelle alerte. Les écoles ferment, les administrations tournent au ralenti, et les familles déplacées s’entassent chez des proches ou dans des hébergements de fortune dans la capitale.

Les autorités libanaises se trouvent dans une position particulièrement délicate. Le gouvernement de Nawaf Salam, formé début 2025, a engagé un dialogue avec Washington et Paris pour obtenir un respect plus strict de la résolution 1701 du Conseil de sécurité, qui encadre la cessation des hostilités depuis 2006. Mais l’armée libanaise, faiblement équipée, ne peut empêcher les survols quotidiens de l’aviation israélienne ni interdire physiquement les frappes. Le mécanisme de surveillance dirigé par les États-Unis se borne à enregistrer les violations sans imposer de sanctions opérationnelles.

Le Hezbollah face à un dilemme stratégique

Pour le parti de Dieu, l’enjeu dépasse la seule protection de ses bastions. Affaibli militairement par la campagne israélienne de l’automne 2024, privé de son couloir logistique syrien depuis la chute de Bachar al-Assad en décembre de la même année, le mouvement chiite tente de préserver sa base sociale tout en évitant une reprise frontale du conflit. Chaque évacuation imposée par Tsahal érode son image de protecteur des populations chiites du sud-Beyrouth, sans qu’il puisse riposter sans risquer un embrasement régional.

La question de la souveraineté libanaise se pose donc avec une acuité renouvelée. Les chancelleries occidentales, notamment Paris, plaident pour un calendrier de désarmement progressif du Hezbollah, condition mise en avant par Israël pour cesser ses opérations. Téhéran, principal soutien du mouvement, observe la situation avec prudence depuis l’affaiblissement de l’axe régional qu’il animait. Reste que les habitants de la Dahié, eux, vivent au rythme des notifications sur leurs téléphones, oscillant entre la fatigue et la peur d’une nouvelle escalade.

Concrètement, la zone urbaine la plus peuplée du Liban est devenue le baromètre d’un cessez-le-feu qui n’a jamais véritablement éteint la guerre. Selon Al Akhbar, les responsables municipaux de la banlieue sud appellent désormais à un mécanisme international contraignant pour mettre fin aux évacuations forcées qui rythment le quotidien de leurs administrés.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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