Liban : le plan Zeidi repousse le dossier des armes à 2027

Group of camouflaged soldiers near a tank during a training exercise outdoors.Photo : Bojan Milic / Pexels

Le dossier du monopole des armes au Liban vient de connaître une inflexion notable. Selon des informations relayées à Beyrouth, la mouture actualisée du plan connu sous le nom de « plan Zeidi », élaborée dans le sillage du travail conduit par l’armée libanaise, prévoit désormais de renvoyer à 2027 le traitement effectif de la question du désarmement des formations non étatiques, au premier rang desquelles le Hezbollah. Ce recalibrage calendaire vise à absorber la pression diplomatique exercée sur le gouvernement libanais tout en évitant une confrontation immédiate avec la formation chiite.

Un calendrier repoussé pour désamorcer la pression

La feuille de route initiale, portée par le commandement militaire et adossée aux exigences formulées par Washington via son émissaire, imposait un rythme resserré pour placer l’ensemble de l’armement lourd sous l’autorité exclusive de l’État. La version révisée introduit une progressivité assumée. Le texte étale les étapes opérationnelles sur plusieurs phases, jusqu’à un horizon fixé à 2027, ce qui offre au pouvoir exécutif une marge de manœuvre politique élargie.

Concrètement, ce report doit permettre aux autorités libanaises de justifier, auprès de leurs interlocuteurs occidentaux et arabes, une démarche graduelle plutôt qu’un basculement brutal. La priorité affichée porte sur la consolidation du déploiement de l’armée au sud du Litani, conformément aux dispositions de la résolution 1701 et aux arrangements négociés à l’issue des hostilités récentes avec Israël. Le reste du territoire, et notamment la Bekaa, entrerait dans un second temps du dispositif.

Un équilibre délicat entre Washington, Israël et le Hezbollah

Le plan Zeidi actualisé cherche à concilier trois pressions concurrentes. La première provient de l’administration américaine, qui conditionne une partie de son soutien à des avancées tangibles sur la question de l’exclusivité des armes. La deuxième émane d’Israël, dont les frappes régulières sur des positions présumées du Hezbollah entretiennent un climat de tension permanent depuis l’entrée en vigueur du cessez-le-feu de novembre 2024. La troisième, interne, tient à la nécessité de ne pas provoquer une rupture politique majeure avec le tandem Hezbollah-Amal, indispensable à la stabilité institutionnelle.

En repoussant l’échéance, le gouvernement libanais tente de gagner un temps précieux. Il escompte que l’évolution du contexte régional, notamment les recompositions en cours autour de Gaza et de la Syrie, modifie les paramètres du rapport de force. La formation chiite, de son côté, a laissé entendre qu’elle acceptait de discuter d’une stratégie nationale de défense, tout en refusant catégoriquement une remise volontaire de son arsenal sous la contrainte extérieure.

Un pari politique aux effets incertains

Le pari du président de la République et du chef du gouvernement repose sur la crédibilité opérationnelle de l’armée libanaise. L’institution militaire, sous-financée et confrontée depuis 2019 à une crise économique inédite, doit à la fois maintenir sa présence au sud, encadrer les camps palestiniens et absorber progressivement les zones où le Hezbollah exerce une forme d’autorité armée. Les partenaires étrangers, dont la France, l’Arabie saoudite et le Qatar, sont sollicités pour appuyer financièrement ce redéploiement.

Reste que l’horizon 2027 fait débat. Ses détracteurs y voient une manœuvre dilatoire qui risque d’exposer le Liban à de nouvelles frappes israéliennes préventives, voire à un durcissement des sanctions américaines visant l’entourage financier du Hezbollah. Ses partisans y lisent au contraire une lecture réaliste des contraintes du terrain, seule à même d’éviter un embrasement interne. Les prochaines semaines diront si les capitales occidentales acceptent ce séquençage ou si elles exigent des gestes plus rapides, sous peine de suspendre leur assistance à Beyrouth.

Dans l’immédiat, la publication de cette feuille de route révisée redonne au dialogue institutionnel libanais une matière concrète, après des mois d’échanges bloqués sur la définition même du périmètre du désarmement. Selon Al Akhbar, la version actualisée du plan Zeidi devrait faire l’objet d’un examen formel par les instances politiques dans les prochaines semaines.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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