Cameroun : Bowleven cherche des fonds pour tenir ses engagements sur Etinde

Dramatic view of a large oil platform in Norway's North Sea, symbolizing offshore industry.Photo : Jan-Rune Smenes Reite / Pexels

Le permis gazier Etinde, situé au large des côtes camerounaises, s’apprête à entrer dans une nouvelle phase décisive, mais l’un de ses partenaires affiche une santé financière préoccupante. Bowleven, qui détient 25 % du bloc via sa filiale EurOil aux côtés de l’opérateur New Age et du russe Lukoil, a prévenu que ses liquidités pourraient être épuisées avant le 31 décembre 2026. La société britannique prépare en conséquence une levée de fonds auprès de ses actionnaires pour couvrir ses activités au Royaume-Uni et au Cameroun sur l’exercice 2027-2028. Ni le montant visé ni les modalités de l’opération n’ont été précisés à ce stade.

À fin décembre 2025, la trésorerie de Bowleven Limited s’établissait à 471 000 dollars, contre 977 000 dollars douze mois plus tôt. Cet encours, extrait des comptes sociaux et non consolidés, représentait environ 263 millions de FCFA au taux de change de clôture. Sur le même exercice, la société a essuyé une perte nette de 503 000 dollars, un déficit qui a conduit son auditeur à mentionner une « incertitude significative » sur la continuité d’exploitation. L’opinion d’audit n’a toutefois pas été modifiée.

Une trésorerie sous tension avant la reprise des cash calls

Pour tenir à court terme, Bowleven mise sur quelques rentrées identifiées. La société attend 415 000 dollars de New Age, correspondant à des versements excédentaires effectués par le passé, et espère tirer jusqu’à 170 000 dollars supplémentaires de la cession de stocks. Ces montants demeurent cependant insuffisants pour écarter le risque de rupture de liquidité. Les administrateurs reconnaissent eux-mêmes dans la note sur la continuité d’exploitation que les ressources disponibles pourraient être « entièrement utilisées » avant la fin de l’exercice 2026.

La pression s’accentuera avec la reprise des appels de fonds émis par New Age au titre d’Etinde. Entre 2024 et la publication des comptes en 2026, Bowleven n’a réglé aucune contribution, bénéficiant du crédit constitué par ses paiements excédentaires de 2021 à 2023. Ce répit touche à sa fin. La société prévoit de recommencer à honorer sa quote-part des dépenses au second semestre 2026, sans pouvoir encore chiffrer précisément le volume de ces engagements. Au moment de l’arrêté des comptes, le programme de travail et le budget du bloc pour 2026 et 2027 n’avaient pas été finalisés ni transmis à la Société nationale des hydrocarbures (SNH), partenaire incontournable du projet.

Etinde, actif unique et horizon de la décision finale d’investissement

Placé sous un régime restreint de care and maintenance depuis 2022, Etinde constitue l’unique actif de Bowleven. Cette concentration en fait un pari binaire pour la société londonienne, dont l’avenir dépend du redémarrage effectif du projet et de la décision finale d’investissement, ou FID. Les documents internes ne livrent pas un calendrier parfaitement cohérent : la note sur la continuité évoque une relance possible dès la fin 2026, tandis que la direction juge l’horizon 2027 plus réaliste. Quant à la FID proprement dite, elle n’interviendrait pas sensiblement avant la fin de 2027.

L’enjeu financier de cette décision est considérable pour Bowleven. Au moment de la FID, la société doit percevoir 25 millions de dollars de Lukoil et de New Age, un apport qui transformerait sa trajectoire. D’ici là, une nouvelle phase d’études d’ingénierie pourrait exiger des décaissements supplémentaires, dont le volume reste à estimer. La relance progressive du bloc impliquera par ailleurs de reconstituer les capacités techniques et opérationnelles mises en sommeil depuis trois ans, pesant mécaniquement sur la trésorerie des partenaires.

Le filet de sécurité de Crown Ocean Capital

Bowleven peut s’appuyer sur Crown Ocean Capital P1 Limited, son actionnaire de contrôle. Ce dernier s’est engagé à fournir, pendant au moins douze mois après l’approbation des comptes, les financements nécessaires au règlement des obligations de la société, et à ne pas réclamer le remboursement des sommes déjà avancées. Aucun nouveau décaissement n’est toutefois mentionné dans les comptes au titre de cet engagement. La levée de fonds préparée pour 2026 vise précisément à prolonger cette bouée au-delà de la période couverte, et à sécuriser la contribution de Bowleven au développement gazier d’Etinde, projet stratégique pour la filière hydrocarbures camerounaise. Selon Investir au Cameroun, les conditions de l’opération n’ont pas encore été dévoilées.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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