Gabon : la Banque mondiale chiffre à 105 milliards FCFA les économies de paie publique

Front view of a striking government building in Ukraine under a clear sky.Photo : Alex / Pexels

Le chiffre figure à la page 54 de la Revue des finances publiques du Gabon 2026, publiée par la Banque mondiale : 13 000 agents irréguliers seraient inscrits au fichier de la fonction publique gabonaise, pour une économie potentielle estimée à 105 milliards de francs CFA, soit l’équivalent de 0,8 % du produit intérieur brut. L’évaluation s’appuie sur un recensement conduit en 2024 et sur l’application du salaire moyen aux effectifs jugés anormaux. Elle ne constitue pas, pour autant, un montant effectivement récupérable par le Trésor public gabonais.

Un indicateur qui engage politiquement la Transition gabonaise

La publication tombe à un moment sensible pour les autorités issues du changement institutionnel d’août 2023. Le président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema, a érigé la discipline des comptes publics et la lutte contre les circuits de rente en marqueurs de sa gouvernance. Les 105 milliards de francs CFA avancés par l’institution de Bretton Woods représentent plus qu’une estimation technique : ils fournissent un étalon public pour juger les résultats concrets de la réforme administrative annoncée.

L’ordre de grandeur n’est pas anodin dans un pays où la masse salariale publique absorbe, selon les lois de finances récentes, environ un tiers des dépenses courantes de l’État. Chaque point de PIB récupéré sur le poste salaires élargit mécaniquement les marges de manœuvre pour les secteurs sous tension, en particulier la santé et l’éducation primaire, dont les besoins d’investissement ont été documentés par les institutions financières internationales ces dernières années.

Un vieux dossier gabonais, jamais soldé

La question des effectifs irréguliers n’est pas nouvelle à Libreville. Dès 2013, un recensement biométrique avait déjà conduit les autorités à annoncer la radiation de plusieurs milliers de personnes du fichier soldé, avec des estimations d’économies régulièrement révisées depuis. Les opérations successives, menées sous l’ancienne majorité, ont buté sur les contentieux individuels, les régularisations partielles et l’absence de système d’information capable d’interconnecter les fichiers du personnel, de la paie et du budget. Chaque exercice d’apurement a produit des chiffres impressionnants au stade de l’annonce, puis des gains plus modestes au moment du bilan.

Le cas gabonais s’inscrit dans une tendance régionale. Le Cameroun a mené à partir de 2018 l’opération Comptage physique des personnels de l’État, qui avait identifié plusieurs dizaines de milliers d’anomalies et permis, selon le ministère camerounais des Finances, des économies annuelles supérieures à 30 milliards de francs CFA. La Côte d’Ivoire a conduit des exercices comparables au début des années 2010. Dans chaque cas, la pérennité des gains a dépendu moins du recensement initial que de la robustesse du système de gestion mis en place par la suite.

Les leviers techniques identifiés par la Banque mondiale

La Revue des finances publiques 2026 recommande précisément l’adoption d’un Système intégré de gestion des ressources humaines de l’État, articulant sur une même base la paie, le budget et la trésorerie. L’institution plaide pour un identifiant unique par agent, adossé à une couche biométrique, et pour la numérisation complète du parcours administratif, du concours d’entrée à la liquidation de la pension. Des audits périodiques, des contrôles de présence renforcés et une sélectivité accrue des recrutements complètent le dispositif proposé.

La Banque mondiale invite par ailleurs les autorités gabonaises à réorienter les embauches vers les services sociaux de base et à redéployer les moyens humains et financiers dégagés vers les secteurs à fort impact social. Ce fléchage traduit une préoccupation plus large sur la composition de la dépense publique au Gabon, où la rémunération des agents centraux pèse historiquement davantage que celle des personnels de terrain dans la santé et l’éducation.

Du chiffre théorique au gain budgétaire réel

Reste la question centrale, laissée ouverte par le rapport : la conversion d’une économie potentielle en encaisse budgétaire effective. Elle suppose un travail administratif méticuleux, dossier par dossier, l’activation de procédures contentieuses parfois longues et la stabilisation politique du mandat confié à l’administration. Le ministère gabonais de la Fonction publique n’a pas, à ce stade, communiqué de calendrier précis pour la mise en œuvre des recommandations ni de bilan intermédiaire chiffré des radiations déjà prononcées. C’est à cette aune, davantage qu’à celle de l’estimation initiale, que se mesurera la crédibilité de la réforme engagée.

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About the Author

Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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