Minerais critiques : Londres se tourne vers le sous-sol algérien

Large mining truck at a quarry in Thabazimbi, South Africa, under clear blue sky.Photo : Kefentse Molotsane / Pexels

Le sous-sol algérien, longtemps éclipsé par les hydrocarbures, revient dans le radar des capitales européennes. Des investisseurs britanniques manifestent un intérêt renouvelé pour les mines algériennes, à un moment où Alger cherche activement à diversifier son économie et où Londres entend sécuriser des sources d’approvisionnement alternatives en métaux stratégiques. Ce mouvement, encore discret, s’inscrit dans un contexte régional où la compétition pour les ressources minérales africaines s’intensifie entre puissances occidentales et asiatiques.

Un sous-sol algérien riche et sous-exploité

L’Algérie dispose d’un patrimoine minier considérable mais largement sous-valorisé. Le gisement de fer de Gara Djebilet, dans la wilaya de Tindouf, est estimé à plusieurs milliards de tonnes de réserves et constitue l’un des plus importants au monde. Le pays recèle également des réserves significatives de zinc et de plomb à Oued Amizour, dans la wilaya de Béjaïa, ainsi que des phosphates à Bled El Hadba, dans la région de Tébessa, dont les gisements figurent parmi les plus importants d’Afrique du Nord.

Ces ressources demeurent peu exploitées. Selon les données officielles algériennes, la contribution du secteur minier au produit intérieur brut est restée inférieure à 2 % durant la dernière décennie, loin derrière les hydrocarbures. Les autorités algériennes ambitionnent désormais de porter cette part à près de 10 % à l’horizon 2030, dans le cadre d’une stratégie de diversification économique assumée depuis la chute des cours du pétrole de 2014.

C’est dans ce cadre qu’une nouvelle loi minière a été promulguée en 2024, destinée à moderniser le régime des titres, à clarifier la fiscalité applicable et à ouvrir plus largement le secteur aux partenariats étrangers. Le texte vise explicitement à attirer des opérateurs internationaux dotés de capacités techniques et financières, tout en préservant le rôle de l’Agence nationale des activités minières (ANAM) et de l’Office national de recherche géologique et minière (ORGM).

La stratégie britannique des minerais critiques

L’intérêt du Royaume-Uni pour l’Algérie ne relève pas du hasard. Depuis la publication, en 2022 puis en 2023, de sa Critical Minerals Strategy, Londres cherche à sécuriser l’accès aux métaux indispensables à la transition énergétique et à l’industrie de défense : lithium, cobalt, terres rares, mais aussi zinc, cuivre et phosphates destinés aux batteries et aux engrais. Le constat britannique est partagé par Bruxelles et Washington : la Chine concentre, selon l’Agence internationale de l’énergie, plus de 60 % de la production mondiale de nombreux minerais raffinés, et une part supérieure encore pour certains métaux de la famille des terres rares.

Pour les capitales occidentales, l’Afrique du Nord offre un double avantage : la proximité géographique avec l’Europe et une relative stabilité politique comparée à d’autres zones de production. L’Algérie, qui partage une frontière maritime courte avec l’espace européen et dispose d’infrastructures portuaires importantes à Arzew, Skikda et Djen Djen, s’inscrit naturellement dans cette équation logistique.

Une concurrence déjà installée à Alger

Les investisseurs britanniques ne partent pas en terrain vierge. La Chine occupe déjà une position centrale dans les mines algériennes, notamment à travers un consortium associant des entreprises chinoises à la Société nationale du fer et de l’acier (Feraal) pour l’exploitation de Gara Djebilet. Un partenariat similaire a été noué avec un consortium chinois pour le mégaprojet de phosphate intégré de l’Est algérien, évalué à plusieurs milliards de dollars.

D’autres acteurs se sont également positionnés. Le groupe australien Terramin exploite, avec le partenaire public algérien, le projet de zinc d’Oued Amizour. Des opérateurs turcs ont renforcé leur présence dans la sidérurgie à Oran. L’arrivée annoncée d’opérateurs britanniques viendrait donc densifier un paysage déjà concurrentiel, où les autorités algériennes jouent sciemment la carte de la pluralité des partenariats pour éviter toute dépendance excessive à un unique bailleur.

Reste à mesurer la portée réelle de ces manifestations d’intérêt. Entre les déclarations exploratoires et les engagements fermes d’investissement, l’histoire minière récente du Maghreb montre qu’un délai de plusieurs années est souvent nécessaire pour qu’un projet entre en production. La capacité du cadre réglementaire algérien à offrir une visibilité stable sur la durée constituera, pour les candidats venus de Londres comme pour leurs concurrents, le véritable juge de paix.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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