Fortescue mise sur le fer gabonais à Belinga et Kobé-Kobé

Large mining truck at a quarry in Thabazimbi, South Africa, under clear blue sky.Photo : Kefentse Molotsane / Pexels

L’installation de Fortescue à Belinga, au cœur de la forêt gabonaise, signe le retour d’une ambition longtemps contrariée : transformer le Gabon en producteur de minerai de fer de rang mondial. Le groupe australien, dirigé par Andrew Forrest, surnommé «Twiggy», a entamé le déploiement de ses machines sur deux périmètres adjacents, Belinga et Kobé-Kobé, dans la province de l’Ogooué-Ivindo. L’opération marque l’entrée d’un acteur de premier plan dans un dossier minier que se sont successivement disputés chinois, brésiliens et australiens depuis près de vingt ans.

Un empire bâti depuis le désert australien

Andrew Forrest n’est pas un nouveau venu dans l’industrie extractive. À partir d’une exploration menée dans la région reculée du Pilbara, en Australie occidentale, il a construit Fortescue Metals Group jusqu’à en faire l’un des trois premiers producteurs mondiaux de minerai de fer, derrière les géants Rio Tinto, BHP et Vale. Son ascension repose sur une combinaison rare dans le secteur : une capacité à lever des capitaux considérables, une approche logistique intégrée et une obstination à exploiter des gisements jugés marginaux par les majors historiques.

Le profil de l’homme intrigue autant qu’il rassure les autorités gabonaises. Issu d’une famille d’éleveurs de l’Outback, il a essuyé plusieurs revers entrepreneuriaux avant d’imposer Fortescue comme un challenger redouté sur le marché asiatique du fer. Sa fortune personnelle, estimée à plusieurs milliards de dollars, lui confère une marge de manœuvre que peu de partenaires miniers peuvent revendiquer face à un État producteur.

Belinga, un gisement convoité depuis un demi-siècle

Le gisement de Belinga figure parmi les plus importants réservoirs de fer à haute teneur encore inexploités sur le continent. Identifié dès les années 1950, il avait été confié au consortium chinois CMEC sous l’ère d’Omar Bongo Ondimba, avant que le contrat ne soit dénoncé pour cause de retards et de désaccords sur les contreparties infrastructurelles. Depuis, plusieurs candidats se sont succédé sans parvenir à enclencher une exploitation effective, faute de chemin de fer reliant le site au littoral et de capacités d’investissement à la hauteur.

L’arrivée de Fortescue change la donne. Le groupe australien dispose de l’ingénierie ferroviaire et portuaire nécessaire pour évacuer plusieurs dizaines de millions de tonnes annuelles. Sa stratégie repose sur la maîtrise de la chaîne logistique, depuis la mine jusqu’aux ports de chargement, modèle déjà éprouvé dans le Pilbara. Pour le Gabon, qui cherche à diversifier une économie encore largement dépendante des hydrocarbures, l’opportunité est manifeste.

Diversification minière et enjeux de souveraineté

Les autorités de la transition, installées après le changement de régime d’août 2023, ont fait de la relance des grands projets miniers un axe central de leur politique économique. Le manganèse, longtemps porté par Eramet via la Comilog à Moanda, n’est plus le seul horizon. Le fer de Belinga, combiné aux gisements voisins, est désormais présenté comme un futur pilier de la rente extractive, susceptible de doper les recettes publiques et la balance commerciale.

Reste la question des contreparties. L’expérience des contrats antérieurs a montré que la valeur ajoutée locale, qu’il s’agisse d’emplois qualifiés, de transformation in situ ou d’infrastructures structurantes, conditionne l’acceptabilité politique de tels accords. Le précédent chinois avait précisément achoppé sur le partage des bénéfices et la livraison des infrastructures promises. Libreville devra obtenir de Fortescue des engagements lisibles sur la formation, la sous-traitance gabonaise et la fiscalité minière.

Par ailleurs, l’empreinte environnementale du projet sera scrutée. Belinga se situe à proximité du parc national de l’Ivindo, classé au patrimoine mondial de l’Unesco depuis 2021, dans un massif forestier abritant une biodiversité exceptionnelle. Concrètement, la conciliation entre exploitation industrielle et préservation écologique constituera l’un des tests majeurs du partenariat. Fortescue communique depuis plusieurs années sur sa transition vers une production décarbonée, par le biais notamment de sa branche Fortescue Energy dédiée à l’hydrogène vert, argument qui pourrait peser dans le dialogue avec les bailleurs internationaux.

Le calendrier de montée en puissance n’a pas été détaillé publiquement, mais l’arrivée des premiers équipements indique que la phase d’exploration avancée et de travaux préparatoires est désormais engagée. Selon Gabon Review, le déploiement du groupe australien sur Belinga et Kobé-Kobé confirme l’inflexion stratégique du secteur minier gabonais.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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