La Commission de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) pourrait confier à un opérateur ouest-africain la modernisation de quatre points névralgiques de ses frontières. Selon les informations qui filtrent de Bangui, les pourparlers engagés avec Scanning Systems, société fondée par l’homme d’affaires Mory Diané, portent sur la conception, le financement et la réalisation de quatre Postes de Contrôle Juxtaposés (PCJ) pilotes. Le projet a été examiné lors d’une rencontre entre le fondateur du groupe et le commissaire en charge du marché commun de la CEMAC, Ngabo Seli Mbogo.
Un montage intégré pour désengorger les corridors d’Afrique centrale
Le modèle des postes juxtaposés vise à mutualiser, sur un même site, les services de douane, de police, de santé et de phytosanitaire des deux pays voisins. Concrètement, un camion ou un voyageur n’effectue plus qu’un arrêt au lieu de deux, ce qui réduit mécaniquement les délais de passage et limite les ruptures de charge. L’approche est déjà éprouvée en Afrique de l’Ouest, notamment sur les corridors reliant Abidjan, Lagos ou Lomé à leurs hinterlands sahéliens.
Pour la CEMAC, dont les six États membres peinent encore à matérialiser leur union douanière sur le terrain, l’enjeu est de taille. Les corridors Douala-N’Djamena, Douala-Bangui ou encore Libreville-Yaoundé concentrent l’essentiel du fret régional, mais subissent des temps d’attente parmi les plus élevés du continent. La perspective de PCJ opérationnels constitue donc un signal politique fort, à un moment où la Commission cherche à relancer l’intégration économique sous-régionale.
Scanning Systems, un acteur ouest-africain en expansion continentale
Présent depuis plusieurs années dans le secteur de l’inspection non intrusive et de la sécurisation des frontières, Scanning Systems s’est forgé une réputation d’opérateur intégrateur. La société propose un montage clé en main combinant études techniques, mobilisation de financement, construction des infrastructures et exploitation des équipements de scanographie. Ce positionnement de bout en bout intéresse les autorités communautaires, qui privilégient un interlocuteur unique pour éviter la fragmentation contractuelle observée sur d’autres chantiers transfrontaliers.
L’entrée potentielle du groupe sur le marché de la CEMAC marquerait une étape supplémentaire dans son déploiement panafricain. Pour Mory Diané, il s’agit de capitaliser sur l’expérience accumulée dans l’espace UEMOA, où la coopération douanière transfrontalière est plus avancée, et de transposer ce savoir-faire dans un environnement institutionnel sensiblement différent. La capacité du groupe à mobiliser un financement privé, sans alourdir la dette publique des États membres, constitue à cet égard un argument décisif dans les arbitrages en cours.
Un pari de souveraineté frontalière sous contraintes politiques
Reste que le passage des intentions aux travaux dépendra de plusieurs facteurs. L’identification précise des quatre sites pilotes, qui n’a pas été rendue publique, supposera un accord politique entre paires d’États voisins. La question du modèle économique, qu’il s’agisse d’une redevance prélevée sur le fret, d’une contribution budgétaire des États ou d’un partenariat public-privé classique, n’est pas davantage tranchée. Par ailleurs, la coordination des administrations douanières, traditionnellement jalouses de leurs prérogatives, demeure le talon d’Achille de ce type de projet.
Pour la Commission CEMAC, l’opération offre néanmoins l’occasion de démontrer sa capacité à porter des projets structurants concrets, après plusieurs années de critiques sur la lenteur de la mise en œuvre du programme économique régional. Dans le même temps, le choix d’un partenaire africain plutôt que d’un consortium européen ou asiatique répond à une logique de souveraineté assumée. Les équipements de scanographie aux frontières captent en effet des données sensibles sur les flux commerciaux, les marchandises et les personnes, dont le contrôle constitue un actif stratégique.
Si les négociations aboutissent, les premiers PCJ pourraient devenir un cas d’école d’intégration sud-sud, mêlant capitaux privés ouest-africains et besoins infrastructurels d’Afrique centrale. Selon Financial Afrik, les discussions se trouvent à un stade avancé entre Scanning Systems et la Commission, sans calendrier officiel rendu public à ce jour.
Pour aller plus loin
Autoroute Thiadiaye-Kaolack : Dethié Fall exige une livraison avant le Gamou · Cameroun : 488 km de routes bitumées par an entre 2020 et 2025 · Kobé-Kobé : 160 000 emplois promis, des incertitudes persistantes

Be the first to comment on "CEMAC : Scanning Systems pressenti pour quatre postes frontaliers"