CEMAC : un fonds d’urgence de 4 milliards USD contre les chocs

Aerial view of mixed Euro and US Dollar banknotes on a wooden floor, symbolizing global finance.Photo : Ibrahim Boran / Pexels

La Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (CEMAC) pourrait se doter d’un fonds d’urgence de quatre milliards de dollars pour absorber les chocs géopolitiques externes. C’est la recommandation formulée par deux chercheurs dont les travaux, relayés cette semaine, dessinent une architecture inédite de résilience macroéconomique pour les six États de la sous-région. La proposition intervient alors que les économies de Yaoundé, Libreville, Brazzaville, Bangui, Malabo et N’Djamena demeurent exposées aux fluctuations du marché pétrolier et aux ruptures d’approvisionnement issues des tensions internationales.

Un instrument pour amortir la volatilité des matières premières

L’idée centrale repose sur une mutualisation des réserves régionales, calibrée pour intervenir en cas de choc exogène majeur. Les auteurs pointent la vulnérabilité structurelle d’une zone où les hydrocarbures représentent l’essentiel des recettes budgétaires de plusieurs États membres. La guerre en Ukraine, les perturbations sur les corridors logistiques et le durcissement des conditions financières internationales ont, ces dernières années, rappelé la fragilité du modèle rentier qui prévaut au Gabon, au Congo et en Guinée équatoriale.

Le montant de quatre milliards de dollars n’est pas anodin. Il correspond, dans l’esprit des chercheurs, à un seuil critique permettant à la Banque des États de l’Afrique centrale (BEAC) de disposer d’un coussin d’intervention rapide sans compromettre la parité fixe entre le franc CFA et l’euro. Ce mécanisme viendrait compléter les instruments existants du Fonds monétaire international (FMI), sans s’y substituer, tout en réduisant la dépendance de la sous-région aux programmes d’ajustement extérieurs.

Une réponse aux fragilités révélées par la crise sanitaire

Les auteurs s’appuient sur les enseignements de la pandémie et de ses répliques économiques pour justifier l’urgence d’un tel dispositif. Entre 2020 et 2023, la zone CEMAC a vu ses réserves de change fondre sous l’effet conjugué de la chute des cours du pétrole et de l’envolée des importations alimentaires. Plusieurs États ont dû solliciter des facilités du FMI, avec des conditionnalités jugées politiquement coûteuses par certaines capitales.

Le fonds proposé fonctionnerait selon une logique contra-cyclique. En période faste, les États contributeurs abonderaient l’enveloppe à hauteur d’un pourcentage de leurs recettes d’exportation. En période de retournement, ils pourraient tirer sur cette réserve commune selon des critères d’éligibilité stricts, encadrés par un conseil de surveillance régional. Ce schéma s’inspire de mécanismes comparables déjà expérimentés dans d’autres unions monétaires, notamment le Chiang Mai Initiative Multilateralisation en Asie du Sud-Est.

Un test politique pour la solidarité régionale

La faisabilité du projet dépendra d’abord de la volonté politique des chefs d’État. La CEMAC peine historiquement à faire converger ses politiques budgétaires, malgré les critères de surveillance multilatérale théoriquement en vigueur. La Guinée équatoriale et le Gabon, contributeurs potentiels les plus importants en raison de leurs revenus pétroliers, devront accepter de partager une part de leurs excédents avec des économies plus fragiles comme la République centrafricaine ou le Tchad.

Reste la question du gouvernance et du dépositaire. Confier la gestion du fonds à la BEAC apparaît comme l’option la plus naturelle, mais suppose un renforcement des capacités techniques de l’institution basée à Yaoundé. Certains observateurs plaident pour une architecture hybride, associant la Banque africaine de développement (BAD) ou des partenaires extérieurs comme la France et la Chine, afin de sécuriser les engagements initiaux et de crédibiliser le dispositif auprès des marchés.

Par ailleurs, la temporalité du projet interroge. Les négociations autour de la réforme du franc CFA en zone CEMAC, entamées dans le sillage de celles menées en Afrique de l’Ouest, n’ont pas abouti à un calendrier ferme. Greffer la création d’un fonds d’urgence sur ce chantier monétaire pourrait accélérer la dynamique ou, à l’inverse, la complexifier davantage.

Concrètement, la proposition des deux chercheurs offre une grille de lecture aux ministres des Finances de la sous-région, appelés à repenser leurs marges de manœuvre face à un environnement international durablement instable. Selon Financial Afrik, cette réflexion académique pourrait alimenter les prochaines discussions ministérielles régionales.

Pour aller plus loin

Gabon : la dette publique atteint 15 milliards de dollars en 2025 · CEMAC : la demande de liquidité bancaire grimpe à 535,5 milliards · La BEAC invitée à créer une facilité d’urgence de 2 000 milliards FCFA

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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