L’affaire Ahmed Abdallah Sambi prend un tour inédit aux Comores. L’ancien président de l’archipel, âgé de 67 ans, condamné en 2022 à la réclusion à perpétuité dans le dossier dit de la « citoyenneté économique », fait l’objet d’une série d’appels publics réclamant son évacuation sanitaire vers l’étranger. La mobilisation, jusqu’ici portée par des cercles restreints, s’élargit désormais aux plus hautes figures de l’État comorien, plaçant le chef de l’État Azali Assoumani face à un dilemme politique délicat.
Une mobilisation de l’élite politique comorienne
Six anciens Premiers ministres ont ouvert la voie en signant un appel conjoint en faveur d’un geste humanitaire du pouvoir exécutif. Dans la foulée, d’autres personnalités ayant occupé des fonctions régaliennes leur ont emboîté le pas, élargissant le spectre des signataires bien au-delà des soutiens traditionnels du Front commun, formation fondée par l’ancien chef de l’État. La démarche traduit une rupture dans le silence prudent qu’observait jusqu’ici l’establishment politique de Moroni sur le sort réservé à l’ex-président.
L’argumentaire des dignitaires repose sur une exigence strictement médicale, sans contester sur le fond la condamnation prononcée. Les signataires invoquent la dégradation de l’état de santé du détenu et la nécessité d’examens spécialisés indisponibles dans l’archipel. Ce positionnement leur permet de circonscrire leur démarche au registre humanitaire, tout en évitant une confrontation frontale avec l’autorité judiciaire qui a scellé le sort de l’ancien locataire de Beit-Salam.
Le poids du dossier de la « citoyenneté économique »
Condamné à la peine maximale pour haute trahison, Ahmed Abdallah Sambi paie son rôle présumé dans la vente controversée de passeports comoriens à des ressortissants apatrides du Golfe, principalement originaires des Émirats arabes unis et du Koweït. Le programme, déployé à partir de 2008 sous sa présidence, devait permettre à l’archipel d’engranger plusieurs centaines de millions de dollars en échange de l’octroi de la nationalité comorienne à des bidouns. Une partie de ces fonds n’aurait jamais atterri dans les caisses publiques.
Le procès, tenu devant la Cour de sûreté de l’État, avait été dénoncé par les avocats du prévenu comme une procédure d’exception. Depuis sa condamnation, l’ancien président est maintenu en détention dans des conditions régulièrement décrites par sa famille et ses proches comme préjudiciables à son intégrité physique. Plusieurs alertes médicales ont été lancées au cours des derniers mois, sans déboucher sur une autorisation de transfert hors de l’archipel.
Azali Assoumani devant une équation politique sensible
Pour le président Azali Assoumani, réélu en janvier 2024 au terme d’un scrutin contesté, la question Sambi est une équation politique autant que judiciaire. Accéder à la demande d’évacuation reviendrait à reconnaître une forme d’urgence vitale et à risquer un séjour prolongé du détenu hors du territoire national, où ses soutiens demeurent actifs. Refuser durablement exposerait en revanche le pouvoir à une crise humanitaire et diplomatique, notamment si l’état de santé de l’ancien chef de l’État venait à se détériorer brutalement.
La diplomatie régionale observe la séquence avec attention. L’Union africaine, que préside Azali Assoumani jusqu’en 2024, et plusieurs capitales partenaires de Moroni ont historiquement préféré la discrétion sur ce dossier. L’élargissement du cercle des signataires aux anciens chefs de gouvernement modifie toutefois la donne, en conférant au plaidoyer humanitaire une légitimité institutionnelle difficile à balayer d’un revers de main.
Reste à savoir si la pression exercée par ces personnalités suffira à infléchir la position du palais de Beit-Salam. Les précédents appels, émanant de la famille, d’organisations de défense des droits humains et de partis d’opposition, étaient demeurés sans réponse formelle. La parole des anciens Premiers ministres, qui ont tous servi l’État au plus haut niveau, introduit néanmoins un changement de registre dans le débat public comorien autour de la détention d’Ahmed Abdallah Sambi. Selon RFI Afrique.
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