La France prend, le 8 juin 2026, la présidence tournante de la Commission de l’océan Indien (COI), une organisation régionale fondée en 1984 qui rassemble Madagascar, Maurice, les Seychelles, l’Union des Comores et Paris au titre de La Réunion. Cette échéance ravive un contentieux ancien : la place de Mayotte, département français depuis 2011, dans l’architecture multilatérale du sud-ouest de l’océan Indien. Le Quai d’Orsay entend profiter de ce mandat pour faire avancer l’intégration du 101ᵉ département français, mais se heurte à des résistances tenaces.
Mayotte, angle mort persistant de la Commission de l’océan Indien
Depuis la création de la COI il y a quatre décennies, la France n’y siège qu’au titre de La Réunion. Mayotte, pourtant située dans l’archipel des Comores et géographiquement au cœur de la zone couverte par l’organisation, en reste exclue. Cette mise à l’écart découle d’un différend de souveraineté qui oppose Paris à Moroni depuis l’indépendance comorienne de 1975, lorsque l’île de Mayotte avait choisi par référendum de demeurer française. Les Comores revendiquent depuis lors la souveraineté sur ce territoire, position régulièrement soutenue par l’Union africaine et par plusieurs résolutions onusiennes.
L’enjeu dépasse la symbolique diplomatique. La COI coordonne des programmes structurants en matière de sécurité maritime, de pêche, de gestion environnementale et de coopération sanitaire. L’absence de Mayotte prive ce département, confronté à des défis migratoires et économiques considérables, d’un cadre régional de dialogue avec ses voisins immédiats. Pour Paris, l’inclusion mahoraise répondrait à une logique de continuité territoriale et de cohérence des politiques publiques menées dans le canal du Mozambique.
Une présidence française sous tension diplomatique
Le ministère français des Affaires étrangères affiche une volonté assumée de faire bouger les lignes durant les douze prochains mois. Plusieurs initiatives sont à l’étude pour rapprocher Mayotte des travaux techniques de l’organisation, à défaut d’une adhésion pleine et entière qui exigerait l’unanimité des États membres. Cette stratégie de petits pas vise à éviter une confrontation frontale avec Moroni tout en posant des jalons concrets.
Le calcul français se heurte cependant à une réalité diplomatique tenace. Madagascar, Maurice et les Seychelles n’entendent pas froisser les Comores ni s’aliéner les soutiens africains de leur propre agenda diplomatique. Aucun de ces partenaires n’a manifesté de soutien explicite à la démarche française. La position du président comorien Azali Assoumani demeure inflexible : toute intégration de Mayotte à la COI équivaudrait, selon Moroni, à une reconnaissance implicite de la souveraineté française sur une île que les Comores considèrent comme leur quatrième composante.
Ce verrou politique se double d’un contexte régional électrique. Les tensions liées à la crise migratoire entre Mayotte et Anjouan, la pression sur les ressources halieutiques et les ambitions croissantes de puissances extérieures dans la zone — de la Chine à l’Inde en passant par les monarchies du Golfe — compliquent toute recomposition du multilatéralisme indianocéanique.
Un test pour l’influence française dans l’indianocéanie
Au-delà du dossier mahorais, la présidence française de la COI constitue un baromètre de l’influence de Paris dans une région où sa diplomatie a subi plusieurs revers ces dernières années. Le retrait militaire du Sahel, les difficultés rencontrées à Madagascar et la concurrence chinoise dans les ports de l’océan Indien ont fragilisé la posture française. La capacité du Quai d’Orsay à transformer ce mandat en avancées tangibles, sur Mayotte mais aussi sur la sécurité maritime ou la transition énergétique des petits États insulaires, sera scrutée.
Le précédent mandat français, exercé il y a une décennie, n’avait pas permis de débloquer le dossier mahorais. Les diplomates impliqués reconnaissent en privé que la fenêtre politique reste étroite et que les marges de manœuvre dépendront largement de la trajectoire bilatérale entre Paris et Moroni. Un accord de partenariat signé entre Emmanuel Macron et Azali Assoumani en 2019, qui prévoyait un dialogue apaisé sur la question, n’a produit que peu d’effets concrets.
Reste que la France dispose d’atouts financiers et techniques pour orienter les priorités de l’organisation durant son mandat. L’Agence française de développement reste un bailleur majeur des programmes régionaux. Cette dépendance budgétaire pourrait, à terme, peser dans les arbitrages des partenaires indianocéaniques, sans pour autant garantir un consensus sur le statut de Mayotte. Selon Le Monde Afrique, le Quai d’Orsay reconnaît disposer de peu de soutiens parmi les autres membres de la Commission.
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