Ghalibaf à Berri : l’Iran fera front si Israël poursuit ses frappes

Modern architecture highlighting geometric patterns and design in Tehran, Iran.Photo : AmirAbbas Rahbar Modami / Pexels

Le président du Parlement iranien, Mohammad Bagher Ghalibaf, a adressé un message de fermeté à son homologue libanais Nabih Berri, assurant que Téhéran ne resterait pas spectateur si Israël poursuivait ses opérations militaires au Liban. Cette déclaration, rapportée par le quotidien libanais Al Akhbar, intervient alors que les frappes israéliennes se poursuivent dans le sud du pays du Cèdre, en dépit du cessez-le-feu conclu fin novembre 2024 entre l’État hébreu et le Hezbollah.

Téhéran réaffirme son soutien à Beyrouth face aux frappes israéliennes

Selon les propos rapportés, Mohammad Bagher Ghalibaf a indiqué à Nabih Berri que la République islamique d’Iran se tiendrait aux côtés du Liban si les opérations israéliennes ne cessaient pas. Le responsable iranien a qualifié ces actions de crimes, dans une rhétorique habituelle de Téhéran à l’égard de son adversaire régional. La conversation entre les deux présidents de Parlement témoigne du maintien d’un canal politique direct entre l’establishment iranien et la mouvance chiite libanaise, dont Nabih Berri, chef du mouvement Amal, demeure une figure historique.

Ce message intervient à un moment où Beyrouth peine à faire respecter la trêve négociée sous l’égide de Washington et Paris. Plusieurs frappes israéliennes ont visé ces dernières semaines des cadres présumés du Hezbollah dans la Bekaa et au sud du fleuve Litani, zones théoriquement placées sous contrôle de l’armée libanaise et de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL). L’État hébreu invoque le droit de neutraliser toute tentative de reconstitution des capacités militaires du parti chiite.

Un signal politique adressé à l’axe régional

La déclaration de Ghalibaf revêt une portée qui dépasse le cadre bilatéral. Affaiblie depuis la guerre de l’automne 2024, qui a coûté la vie à son secrétaire général Hassan Nasrallah et décimé une partie de son commandement, la formation chiite libanaise traverse une phase de recomposition. Téhéran, dont l’influence régionale a été érodée par la chute du régime de Bachar al-Assad en Syrie en décembre 2024 et par les coups portés à ses relais, cherche à maintenir une posture dissuasive sans s’engager directement.

Le choix d’un canal parlementaire pour relayer ce message n’est pas anodin. Il permet à Téhéran de signaler sa solidarité sans engager formellement l’exécutif ni le Guide suprême, tout en s’adressant à un interlocuteur libanais doté d’une légitimité institutionnelle. Nabih Berri, président de la Chambre depuis 1992, joue un rôle clé dans la médiation entre le Hezbollah, l’État libanais et les capitales étrangères impliquées dans la stabilisation du pays.

Beyrouth entre pression militaire et arbitrages diplomatiques

Le gouvernement libanais formé par Nawaf Salam et la présidence de Joseph Aoun, élu en janvier 2025 après plus de deux ans de vacance, sont confrontés à une équation délicate. Les autorités plaident pour le respect strict de la résolution 1701 du Conseil de sécurité et pour le déploiement exclusif des forces régulières au sud du Litani, condition posée par Washington et Riyad pour débloquer l’aide à la reconstruction. Les estimations des dégâts liés à la guerre dépassent les 11 milliards de dollars selon la Banque mondiale.

Dans ce contexte, toute manifestation publique de soutien iranien au Liban est scrutée avec attention par les chancelleries occidentales et arabes. Les bailleurs du Golfe conditionnent leur engagement financier à un éloignement perceptible de Beyrouth vis-à-vis de Téhéran, tandis que la nouvelle équipe gouvernementale s’efforce de rétablir des relations apaisées avec l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis. La déclaration de Ghalibaf pourrait compliquer cet équilibre, en réinscrivant le dossier libanais dans la grammaire de la confrontation régionale.

Reste que la marge de manœuvre iranienne demeure étroite. Privée de la profondeur stratégique syrienne et confrontée à ses propres tensions avec Israël et les États-Unis, la République islamique paraît davantage en posture de soutien symbolique que d’intervention concrète. Le Hezbollah, pour sa part, doit composer avec un environnement politique libanais qui exige son désarmement progressif. Selon Al Akhbar, les échanges entre Ghalibaf et Berri illustrent la volonté commune des deux capitales de préserver un lien politique malgré la pression israélienne et les recompositions en cours au Levant.

Pour aller plus loin

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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