Djibouti vient de franchir une nouvelle étape dans sa relation avec la finance islamique multilatérale. La Société internationale islamique de financement du commerce (ITFC), filiale du groupe de la Banque islamique de développement (BID), a conclu avec les autorités djiboutiennes un accord-cadre de 750 millions de dollars destiné à soutenir l’économie du pays jusqu’en 2029. L’enveloppe, étalée sur quatre exercices, doit servir de socle à des opérations ciblées de financement du commerce et d’appui aux secteurs jugés prioritaires par Djibouti.
L’engagement s’inscrit dans la continuité d’une coopération déjà ancienne entre l’institution basée à Djeddah et la petite économie de la Corne de l’Afrique. Depuis l’adhésion de Djibouti au groupe de la BID, l’ITFC est devenue un partenaire récurrent du Trésor djiboutien, notamment pour sécuriser les approvisionnements stratégiques. Le nouveau cadre formalise cette relation dans la durée et lui donne une visibilité budgétaire que les lignes annuelles successives ne permettaient pas.
Un accord-cadre taillé pour les priorités de développement djiboutiennes
Concrètement, les 750 millions de dollars mobilisés ne constituent pas un prêt unique mais une ligne directrice à l’intérieur de laquelle des financements spécifiques seront déployés au fil des besoins. Les ressources serviront à couvrir l’importation de produits énergétiques, de denrées alimentaires et d’intrants nécessaires aux activités productives nationales. Ce type d’instrument, structuré selon les principes de la finance islamique, repose le plus souvent sur des contrats de mourabaha permettant l’achat et la revente de marchandises à un prix convenu, sans recours à l’intérêt.
Pour Djibouti, l’intérêt d’un tel mécanisme tient autant à son volume qu’à sa prévisibilité. Le pays, dont l’économie est portée par les activités portuaires, logistiques et de services aux flottes internationales, demeure structurellement dépendant des importations. Sécuriser l’accès aux devises et lisser le coût des cargaisons stratégiques constitue un enjeu de stabilité macroéconomique. L’accord-cadre signé avec l’ITFC offre aux autorités une marge de manœuvre face à la volatilité des marchés mondiaux de l’énergie et des matières premières agricoles.
L’ITFC, bras commercial du groupe BID en Afrique
Créée en 2008, l’ITFC est l’entité dédiée au financement du commerce au sein du groupe de la Banque islamique de développement. Elle cumule plusieurs dizaines de milliards de dollars d’opérations depuis sa création, avec une concentration marquée sur les pays membres d’Afrique subsaharienne et du Maghreb. Sa montée en puissance illustre la stratégie de Djeddah, qui consiste à utiliser la facilité commerciale comme porte d’entrée vers des financements plus structurants dans les infrastructures, l’agriculture ou la santé.
Djibouti s’inscrit dans cette logique. Le pays a déjà bénéficié, par l’intermédiaire de l’ITFC, de financements destinés à la Société djiboutienne d’électricité et à l’importation d’hydrocarbures. Le nouvel accord-cadre devrait permettre de reconduire ces dispositifs tout en élargissant le périmètre à de nouveaux secteurs, à mesure que les besoins seront identifiés par les ministères techniques. Le calendrier 2026-2029 coïncide par ailleurs avec la mise en œuvre de la vision nationale de développement portée par les autorités, qui ambitionnent de consolider la place du pays comme hub logistique régional.
Un signal pour la finance islamique en Afrique de l’Est
Au-delà du cas djiboutien, la signature confirme la trajectoire ascendante de la finance islamique sur le continent. Les institutions multilatérales de Djeddah multiplient les accords-cadres pluriannuels avec leurs États membres africains, à l’image des dispositifs déjà conclus avec le Sénégal, la Mauritanie ou le Burkina Faso. Ces enveloppes structurantes répondent à une demande croissante de financements alternatifs, dans un contexte où l’accès aux marchés obligataires internationaux reste contraint pour les souverains africains les plus exposés.
Reste que l’efficacité du mécanisme dépendra de la capacité de Djibouti à activer rapidement les tirages et à orienter les ressources vers les segments à plus forte valeur ajoutée. La gouvernance des opérations, la coordination entre le ministère de l’Économie et des Finances et les entités bénéficiaires, ainsi que la transparence sur les commissions et marges appliquées seront déterminantes. Pour l’ITFC, l’enjeu consiste à transformer ce cadre en projets concrets et à consolider son ancrage dans la Corne de l’Afrique, zone stratégique où la concurrence des bailleurs traditionnels et émergents s’intensifie. Selon Financial Afrik, l’accord ouvre une nouvelle séquence de coopération entre Djibouti et l’institution multilatérale.
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