Douala : un PPP de 58 milliards FCFA pour la flotte du BRT

Public transport bus picking up commuters at a modern urban terminal with architectural features.Photo : Jimmy Liao / Pexels

Le futur Bus Rapid Transit (BRT) de Douala franchit une nouvelle étape avec la confirmation d’un schéma de financement faisant la part belle au secteur privé. L’acquisition et l’exploitation des bus du réseau seront confiées à des opérateurs privés, dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP) évalué à près de 100 millions de dollars, soit environ 57,7 milliards de FCFA. Cette orientation a été détaillée lors du lancement des concertations menées dans les quartiers concernés par le Projet de mobilité urbaine de Douala (PMUD).

Pour la cellule de coordination du projet, le montage vise à transférer le risque industriel et commercial vers des acteurs spécialisés, tout en garantissant la qualité de service attendue sur un corridor stratégique. Lydienne Ekalle, responsable des infrastructures et du développement urbain au sein du PMUD, a justifié l’option d’ouvrir de nouvelles voies de rabattement plutôt que de réhabiliter le réseau viaire existant. L’argument tient en un mot : la durabilité.

Un PPP calibré pour séduire les opérateurs de transport

L’attractivité du PPP repose sur une exigence de cohérence technique entre la voirie et l’exploitation. Les voies de rabattement, qui draineront les usagers vers le corridor principal, devront afficher une durée de vie minimale de vingt ans, alignée sur celle du tronçon central du BRT. « Il faudrait qu’on puisse transporter les personnes vers le corridor, et les voies sur lesquelles ces personnes vont circuler doivent être bien aménagées, car l’acquisition des bus et l’exploitation du BRT seront confiées à des opérateurs privés », a indiqué Lydienne Ekalle.

Le constat dressé sur l’état actuel de la voirie de Douala est sans concession : les axes de rabattement existants ne tiendraient pas la distance. D’où l’option d’un aménagement neuf, conçu pour absorber les flux de passagers vers les stations sans dégradation prématurée. Pour les futurs concessionnaires, ce niveau de service constitue un préalable à toute mise sur le marché de matériel roulant amorti sur deux décennies.

Le contrat reste à parachever. Le PPP fait l’objet d’études de faisabilité et de rentabilité dont les conclusions devront passer par le Conseil d’appui à la réalisation des contrats de partenariat (CARPA), structure mandatée pour sécuriser juridiquement et financièrement ce type de montage. Les paramètres définitifs sont attendus d’ici la fin de l’année 2026, soit dans la fenêtre de lancement effectif des travaux.

Une enveloppe globale de 335 milliards FCFA

Au-delà de la flotte, le projet camerounais affiche une ambition d’aménagement considérable. La première phase prévoit la construction de 12 km de voies de rabattement pour environ 4 milliards de FCFA, avec un objectif final de 80 km destinés à connecter les quartiers périphériques au cœur du réseau. Le réseau exploité comprendra quatre lignes totalisant 28 km, jalonnées par 48 stations espacées en moyenne de 500 mètres.

Cinq pôles d’échanges multimodaux structureront ce maillage : l’ancienne direction des douanes, Ndokoti, PK14, Nelson Mandela et Yassa. Le coût global du programme est arrêté à 335,3 milliards de FCFA. La Banque mondiale en assurera l’essentiel, avec un apport annoncé de 261 milliards de FCFA. Le PPP doit compléter le tour de table à hauteur de 62,1 milliards de FCFA, tandis que la Communauté urbaine de Douala mobilisera 12,4 milliards de FCFA au titre de la contrepartie publique.

Un test pour la souveraineté urbaine camerounaise

Pour la capitale économique du Cameroun, l’enjeu déborde largement la livraison d’un parc de bus modernes. Le BRT est attendu comme un levier de décongestion d’une métropole étranglée par sa croissance démographique, mais aussi comme un outil de désenclavement des quartiers excentrés. La régularité du transport collectif, longtemps tributaire des taxis et des mototaxis, doit y gagner en lisibilité.

Reste que la réussite du dispositif repose sur trois équations simultanées : la robustesse des voies de rabattement, la solidité économique du PPP pour les opérateurs privés et la capacité des autorités locales à orchestrer travaux, exploitation et intégration intermodale. Le calendrier resserré, avec un démarrage des travaux prévu fin 2026, place le CARPA et la cellule du PMUD sous pression. Selon Investir au Cameroun, les contours définitifs du partenariat seront connus à la même échéance.

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Awa Ngoma
Journaliste industrielle, Awa Ngoma couvre les filières manufacturières, la logistique portuaire et les grands projets d'infrastructures en Afrique centrale et de l'Ouest. Ingénieure de formation, elle analyse les chaînes de valeur locales, les implantations d'unités de production et les contrats de concession routière, ferroviaire et portuaire.

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