L’alliance OPEP+ se prépare à valider une nouvelle hausse de ses quotas de production pour le mois de juillet, en dépit des tensions persistantes autour du détroit d’Ormuz. Selon les indications relayées par la presse arabe, plusieurs délégations du cartel élargi, qui réunit les treize membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole et leurs partenaires conduits par la Russie, penchent pour une augmentation comparable à celle décidée le mois précédent. La décision, attendue à l’issue de la prochaine réunion ministérielle, confirmerait la stratégie de réouverture progressive des vannes engagée depuis le printemps.
Cette orientation tranche avec la prudence qui prévalait jusqu’ici. Le groupe des huit pays volontaires — Arabie saoudite, Russie, Irak, Émirats arabes unis, Koweït, Kazakhstan, Algérie et Oman — avait gelé près de 2,2 millions de barils par jour de capacités depuis 2023 pour soutenir les cours. Le calendrier de rétrocession de ces volumes, initialement étalé jusqu’en 2026, a été accéléré au printemps. Riyad pousse désormais à reconquérir des parts de marché, quitte à accepter des prix moins élevés à court terme.
Le détroit d’Ormuz, variable géopolitique majeure
Le contexte sécuritaire complique la lecture du marché. Les frappes croisées entre Israël et l’Iran, ainsi que les déclarations de Téhéran évoquant une possible fermeture du détroit d’Ormuz, ont injecté une prime de risque sur le baril ces dernières semaines. Le passage stratégique voit transiter près du quart du pétrole consommé dans le monde, ainsi qu’une part substantielle du gaz naturel liquéfié exporté depuis le Qatar. Toute perturbation prolongée dans ce corridor maritime aurait un effet immédiat sur les flux destinés à l’Asie et à l’Europe.
Paradoxalement, cette tension joue en faveur de la stratégie saoudienne. En annonçant des barils supplémentaires alors même que le marché redoute une rupture d’approvisionnement, Riyad envoie un signal de stabilité aux consommateurs et conforte sa position de fournisseur de dernier recours. Le royaume dispose d’une capacité de réserve estimée à plus de trois millions de barils par jour, qu’il peut mobiliser rapidement via ses pipelines contournant le détroit, notamment celui reliant les champs orientaux au port de Yanbu sur la mer Rouge.
Une stratégie de parts de marché assumée
Au-delà du contexte régional, la décision attendue traduit un calcul économique structurel. Plusieurs membres de l’alliance, à commencer par les Émirats arabes unis et le Kazakhstan, dépassaient régulièrement leurs quotas, fragilisant la discipline collective. En réintégrant officiellement ces volumes dans les objectifs, l’OPEP+ régularise une situation de fait tout en pesant sur les producteurs concurrents, en particulier le schiste américain dont le seuil de rentabilité reste sensible aux variations de prix.
Les analystes cités par la presse spécialisée évoquent une hausse comprise entre 411 000 et 550 000 barils par jour pour juillet, dans la continuité des deux relèvements précédents. Cette trajectoire viderait substantiellement le stock de barils gelés avant la fin de l’automne, ouvrant la voie à un débat plus large sur la stratégie de l’alliance pour 2026. Reste à savoir si la demande, notamment chinoise, absorbera ces volumes additionnels sans déclencher un nouvel affaissement des cours.
Implications pour les exportateurs africains
Pour les producteurs africains membres ou alliés de l’OPEP+, l’équation reste délicate. L’Algérie, le Congo, la Guinée équatoriale, le Gabon et le Nigeria voient leurs recettes budgétaires conditionnées par un baril dont le prix oscille autour de 65 à 70 dollars depuis plusieurs semaines. Une hausse non absorbée par la demande comprimerait davantage leurs marges, déjà sous pression du fait du déclin naturel de plusieurs champs matures. À l’inverse, une stabilisation des cours autour des niveaux actuels offrirait une fenêtre pour relancer certains projets d’exploration différés.
Concrètement, la prochaine réunion ministérielle constituera un test de cohésion. La capacité de l’alliance à maintenir une ligne commune, malgré des intérêts nationaux divergents et un théâtre moyen-oriental sous tension, déterminera l’orientation des marchés pétroliers durant l’été. Les ministres devront aussi se prononcer sur le mécanisme de compensation pour les pays ayant produit au-delà de leurs quotas. Selon Al Akhbar, la décision pourrait être formalisée dans les prochains jours.
Pour aller plus loin
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