Sous le titre interrogatif « Quelle unité nationale avec l’alliance de l’extermination ? », le quotidien libanais Al Akhbar, proche de l’axe de la résistance, signe une tribune qui prend à contrepied le discours dominant à Beyrouth. La question posée vise directement les responsables politiques libanais qui appellent à un rassemblement intérieur, alors même que les frappes israéliennes se poursuivent sur le sud du pays et dans la banlieue sud de la capitale. Le journal pose une équation politique simple : aucune cohésion nationale n’est concevable, selon lui, tant qu’une partie de l’establishment libanais s’aligne, ouvertement ou tacitement, sur les exigences sécuritaires de Tel-Aviv et de Washington.
Une tribune qui conteste le récit de l’unité nationale
Le terme « alliance de l’extermination », employé dans le titre, renvoie au vocabulaire mobilisé par Al Akhbar et plus largement par les médias proches du Hezbollah pour qualifier la coalition israélo-américaine engagée à Gaza et au Liban-Sud depuis octobre 2023. La tribune conteste l’idée selon laquelle un compromis interne serait possible avec des forces politiques libanaises perçues comme relais des intérêts israéliens. L’argumentaire repose sur une lecture binaire de la scène nationale : d’un côté, une frange jugée alignée sur l’agenda occidental ; de l’autre, le camp dit de la résistance, qui revendique la légitimité du combat armé contre l’État hébreu.
Cette grille de lecture n’est pas neutre. Elle intervient dans une séquence politique tendue, marquée par les débats autour du désarmement du Hezbollah, sujet remis sur la table par les émissaires américains depuis l’accord de cessez-le-feu de novembre 2024. Plusieurs responsables libanais, dont des figures chrétiennes et sunnites, plaident pour la restauration du monopole de la force par l’armée régulière. Al Akhbar voit dans ces appels une capitulation déguisée, plutôt qu’un projet d’État.
Le Hezbollah sous pression intérieure et régionale
Le contexte régional pèse lourdement sur la teneur de la tribune. Depuis la guerre de septembre-novembre 2024, qui a coûté la vie à plusieurs cadres dirigeants du Hezbollah, dont son secrétaire général Hassan Nasrallah, le mouvement chiite traverse une phase de reconfiguration. Les frappes israéliennes ciblées se poursuivent malgré la trêve, et Washington maintient une pression diplomatique constante pour obtenir le démantèlement de l’arsenal du parti. Dans ce cadre, l’appel à l’unité nationale formulé par la présidence libanaise et par le gouvernement de Nawaf Salam est interprété, dans les colonnes d’Al Akhbar, comme une mécanique destinée à isoler politiquement le Hezbollah.
Le quotidien défend une position constante : la souveraineté libanaise ne peut s’exercer que face à Israël, et non en concertation avec ses partenaires occidentaux. Cette ligne éditoriale s’inscrit dans un affrontement narratif plus large, où chaque camp libanais mobilise le registre patriotique pour disqualifier l’autre. La tribune entend ainsi rappeler que le débat sur les armes ne saurait être dissocié du contexte d’occupation persistante de plusieurs collines du sud par l’armée israélienne.
Un Liban fracturé à l’épreuve des recompositions régionales
La portée du texte dépasse la simple polémique journalistique. Elle illustre la difficulté du nouveau pouvoir libanais, installé en janvier 2025 avec l’élection du président Joseph Aoun, à imposer un récit fédérateur. Les divergences sur la stratégie face à Israël recoupent des fractures confessionnelles anciennes, mais aussi des alignements régionaux distincts, entre Riyad, Téhéran, Washington et Damas post-Assad. Chaque déclaration officielle est désormais lue à travers le prisme de ces équilibres, et les médias partisans amplifient les lignes de fracture plutôt que de les atténuer.
Pour les chancelleries qui suivent le dossier libanais, en particulier Paris et les capitales du Golfe, la tonalité de cette tribune confirme la profondeur du désaccord interne sur la question stratégique centrale : la place du Hezbollah dans l’architecture sécuritaire du pays. Tant que cette question ne sera pas tranchée, les efforts de reconstruction promis par les bailleurs internationaux resteront suspendus aux arbitrages politiques de Beyrouth. Selon Al Akhbar, aucune unité véritable n’est envisageable sans clarification préalable du rapport au voisin israélien.
Pour aller plus loin
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