Liban : Israël visé pour ses frappes répétées contre les secouristes

Male paramedic standing confidently beside a blue and yellow ambulance outdoors.Photo : RDNE Stock project / Pexels

Le Liban traverse une nouvelle séquence meurtrière marquée par la multiplication des attaques israéliennes contre les secouristes et les équipes de la protection civile. Depuis plusieurs semaines, plusieurs raids ont délibérément frappé des ambulanciers, des pompiers et des volontaires intervenus pour porter assistance aux victimes de précédents bombardements dans le sud du pays et la Bekaa. Cette pratique, identifiée par les autorités libanaises et les organisations de défense des droits comme une « double frappe », s’inscrit dans la continuité d’une guerre asymétrique qui ne cesse d’éroder les standards humanitaires.

Une tactique qui transforme le secours en cible

Le mécanisme est désormais documenté. Un premier missile frappe un véhicule, une habitation ou un local affilié à la résistance ou supposé tel. Quelques minutes plus tard, alors que les équipes de la Croix-Rouge libanaise, de la Défense civile ou des dispositifs sanitaires liés au Hezbollah et au mouvement Amal arrivent sur place, une seconde frappe vise précisément le périmètre de l’intervention. Le résultat est mécanique : aux victimes initiales s’ajoutent les sauveteurs venus les extraire des décombres.

Les responsables des organismes de secours libanais affirment que cette séquence ne relève pas du hasard. Les emplacements ciblés sont souvent identifiables, les véhicules portent les signes distinctifs reconnus par les Conventions de Genève, et les délais entre les deux impacts laissent peu de doutes sur l’intentionnalité. Plusieurs ambulanciers ont été tués alors qu’ils tentaient de dégager des corps, dans des localités du caza de Nabatiyé, de Tyr ou de Bint Jbeil.

Un bilan humain qui ne cesse de s’alourdir

Depuis l’escalade ouverte avec Israël, les pertes parmi les premiers intervenants se comptent par dizaines. Les équipes de la Défense civile islamique, de la Risala Scout Association et de l’Organisation islamique de la santé figurent parmi les plus exposées. Plusieurs dispensaires et centres de soins de proximité ont également été détruits ou rendus inopérants, privant des villages entiers de prise en charge médicale d’urgence.

Pour Beyrouth, ces attaques posent un défi opérationnel autant que politique. Les communes frontalières peinent à maintenir une chaîne de secours fonctionnelle. Les volontaires se forment désormais à des protocoles d’approche prudents, attendant plusieurs minutes avant d’intervenir sur un site venant d’être frappé. Cette précaution, dictée par la peur de la seconde frappe, allonge mécaniquement le délai de prise en charge des blessés et accroît la létalité des bombardements initiaux.

Un enjeu de droit international qui dépasse le seul Liban

Les attaques contre le personnel médical et les secouristes constituent, en vertu du droit international humanitaire, des violations graves. Le Comité international de la Croix-Rouge ainsi que plusieurs rapporteurs onusiens ont rappelé que les sauveteurs identifiés bénéficient d’une protection absolue, indépendamment du contexte militaire. Les organisations libanaises plaident pour la documentation systématique de chaque incident, en vue d’éventuelles procédures devant les juridictions internationales.

Du côté israélien, aucune reconnaissance officielle de la pratique n’a été formulée. L’armée évoque généralement des cibles « affiliées à des structures militaires » du Hezbollah, sans répondre précisément aux accusations relatives à la double frappe. Cette ligne de défense, déjà mobilisée dans le contexte gazaoui, peine à convaincre les chancelleries européennes, dont certaines ont publiquement exigé des explications.

La question dépasse le seul théâtre libanais. Elle interroge la capacité du système humanitaire international à protéger ses opérateurs dans des conflits où la frontière entre cible légitime et population protégée est volontairement brouillée. Pour les décideurs régionaux, l’enjeu est aussi diplomatique : sans pression coordonnée sur le respect du droit, le précédent risque de s’étendre à d’autres terrains de confrontation, du Yémen à la Syrie. Selon Al Akhbar.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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