Côte d’Ivoire : Abidjan grave dans le marbre son cap budgétaire 2027

Contemporary cityscape of Abidjan featuring high-rise buildings by the waterfront under overcast skies.Photo : Jean Marc Bonnel / Pexels

Le gouvernement ivoirien a franchi, mercredi 14 octobre 2025, l’une des étapes les plus politiques de son calendrier annuel. Réuni en Conseil des ministres, l’exécutif a validé à la fois le projet de loi de règlement du budget 2025 et le projet de loi de finances pour 2027, assorti de son annexe fiscale. Les deux textes, présentés par le ministre de la Communication et porte-parole Amadou Coulibaly, seront prochainement transmis au Parlement pour examen. Au total, le budget 2027 de la Côte d’Ivoire est arrêté à 18 466,1 milliards FCFA en recettes comme en dépenses, soit une progression de 6,4 % par rapport à l’exercice 2026, fixé à 17 350,2 milliards FCFA.

Un cadrage macroéconomique volontariste pour la Côte d’Ivoire

Le projet de loi de finances 2027 repose sur une hypothèse de croissance du produit intérieur brut ivoirien de 6,6 %, après 6,2 % anticipés pour 2026. Un rythme supérieur de près de trois points à la moyenne mondiale, elle-même projetée à 3,4 % contre 3 % un an plus tôt. L’exécutif cible parallèlement un déficit public ramené à 3,5 % du PIB, contre 3,8 % en 2026, soit l’objectif de convergence fixé par l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) à ses États membres. Cette trajectoire de resserrement est scrutée par les bailleurs : le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale conditionnent une partie de leurs appuis au respect de la discipline communautaire, après plusieurs années où Abidjan a été autorisée à dépasser le seuil des 3 % pour absorber les chocs sanitaire puis sécuritaire.

Reste que cette prévision reste exposée à deux variables sensibles : le cours du cacao, dont la Côte d’Ivoire assure environ 40 % de la production mondiale, et celui du pétrole, après la montée en puissance du gisement Baleine opéré par Eni au large de Jacqueville. Un repli durable du cacao ou un décalage de la production d’hydrocarbures pèserait rapidement sur les recettes projetées.

Une architecture budgétaire héritée de la réforme LOLF

Dans sa présentation, le texte ivoirien s’organise autour de 27 dotations et de 160 programmes, auxquels s’ajoutent 40 comptes spéciaux du Trésor. Cette ventilation prolonge le basculement vers la gestion axée sur les résultats introduit par la loi organique relative aux lois de finances, transposée depuis le milieu des années 2010 dans l’ensemble des pays de l’UEMOA. Concrètement, chaque programme est désormais rattaché à des objectifs chiffrés et à des indicateurs de performance, destinés à faciliter le contrôle parlementaire comme celui de la Cour des comptes.

La loi de règlement du budget 2025, adoptée en parallèle, répond pour sa part à une obligation constitutionnelle : elle permettra aux députés de mesurer l’écart entre les crédits votés fin 2024 et leur exécution réelle, avant de se prononcer sur le prochain exercice. L’articulation entre ces deux textes conditionne la crédibilité du cadrage pluriannuel qu’Abidjan présente à ses partenaires financiers.

Un fonds souverain pour sanctuariser la rente ivoirienne

L’innovation politique du texte réside dans la création du Fonds souverain de Côte d’Ivoire, qui démarrera ses activités avec une dotation de 100 milliards FCFA inscrite au budget 2027. Une enveloppe additionnelle de 70 milliards FCFA est fléchée vers les études de mobilisation de financements et l’exécution des projets du Plan national de développement couvrant la période 2026-2030. Ce véhicule place Abidjan sur une trajectoire déjà empruntée par plusieurs capitales du continent : le Fonds Gabonais d’Investissements Stratégiques, créé en 2012, le Fonds souverain d’investissements stratégiques sénégalais (FONSIS) lancé la même année, ou encore, à une tout autre échelle, le Fonds souverain d’Angola doté de 5 milliards de dollars à sa naissance en 2012.

L’inspiration la plus revendiquée reste toutefois celle des monarchies du Golfe, de l’émirati Mubadala au qatari QIA, qui ont converti la rente pétrolière en instrument de diversification. Pour la Côte d’Ivoire, l’enjeu sera d’adosser la nouvelle structure à des ressources récurrentes : redevances pétrolières, dividendes des entreprises publiques ou produit partiel des privatisations. La gouvernance, le statut juridique et les règles d’alimentation du fonds devront être précisés dans les textes d’application pour éviter les travers observés ailleurs, où la frontière entre caisse d’investissement et guichet discrétionnaire s’est parfois estompée.

Première grande échéance budgétaire du second mandat d’Alassane Ouattara réélu, ce projet de loi de finances 2027 trace les contours d’une politique économique qui mise sur la stabilité macroéconomique et sur un outil financier appelé à peser dans la décennie à venir. L’examen parlementaire, puis la publication des décrets encadrant le fonds souverain, diront jusqu’où l’exécutif ivoirien entend aller dans la rupture.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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