Niger : le FMI valide un programme de 203 millions de dollars

Capture of Sudano-Sahelian architectural style in Niamey, showcasing traditional mud-brick design.Photo : LekePOV / Pexels

Le Fonds monétaire international (FMI) a conclu avec les autorités nigériennes un accord au niveau des services portant sur une enveloppe de 203 millions de dollars. Cette validation technique, qui doit encore recevoir l’aval du conseil d’administration de l’institution, marque une étape significative dans la normalisation des relations financières entre Niamey et ses partenaires multilatéraux. Elle intervient alors que l’économie nigérienne affiche une croissance estimée à 7 % en 2024, performance saluée par les équipes du Fonds à l’issue de leur mission.

Une reprise économique plus rapide qu’anticipéh2>

Le rebond observé au Niger surprend par son ampleur. Deux ans après la prise du pouvoir par le Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) en juillet 2023, et malgré les sanctions économiques imposées par la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) puis levées début 2024, le pays sahélien renoue avec une trajectoire de croissance soutenue. Les 7 % enregistrés placent Niamey parmi les économies les plus dynamiques du continent sur l’exercice écoulé.

Cette performance s’explique en grande partie par la reprise des exportations d’hydrocarbures via le pipeline reliant les champs d’Agadem au port béninois de Sèmè-Kpodji, infrastructure dont la mise en service commerciale a transformé le profil budgétaire du pays. Le secteur agricole, qui emploie l’essentiel de la population active, a également bénéficié d’une saison des pluies favorable. L’inflation, longtemps préoccupante dans la sous-région, s’inscrit désormais sur une pente descendante.

Un programme financier pour sécuriser la trajectoire budgétaire

L’enveloppe de 203 millions de dollars validée par les services du FMI vise à accompagner le gouvernement de transition dans la consolidation de ses équilibres macroéconomiques. Le programme doit permettre de reconstituer les réserves de change, de soutenir les dépenses sociales prioritaires et d’améliorer la mobilisation des ressources intérieures. La question du service de la dette, mise à rude épreuve pendant la période de sanctions, demeure un point de vigilance pour les équipes du Fonds.

Pour les autorités de Niamey, ce retour en grâce auprès de l’institution de Washington constitue un signal politique autant qu’économique. Il ouvre la voie à une réactivation des financements d’autres bailleurs multilatéraux, à commencer par la Banque mondiale et la Banque africaine de développement (BAD), dont les décaissements avaient été suspendus ou ralentis au lendemain du changement de régime. Les marchés régionaux de la dette, notamment le compartiment de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA), devraient également réévaluer le profil souverain du pays.

Une diplomatie économique en recomposition

Le dossier nigérien illustre la reconfiguration des équilibres diplomatiques au Sahel. Depuis sa rupture avec Paris et son rapprochement avec Moscou, Niamey a diversifié ses partenariats, tout en maintenant un dialogue technique avec les institutions de Bretton Woods. Cette double posture, partagée avec Bamako et Ouagadougou au sein de la Confédération des États du Sahel (AES), semble porter ses fruits sur le plan financier, du moins à court terme.

Reste que la soutenabilité de cette trajectoire dépendra de plusieurs variables. La sécurité dans les zones productrices d’uranium et de pétrole conditionne les recettes d’exportation. La gouvernance budgétaire, scrutée de près par les partenaires techniques, devra démontrer sa capacité à conjuguer dépenses de défense et investissements productifs. Enfin, la transition politique annoncée pour une durée de cinq ans par le CNSP introduit une dose d’incertitude institutionnelle que les prochaines revues du programme ne manqueront pas d’examiner.

Concrètement, la validation attendue du conseil d’administration du FMI, probablement dans les prochaines semaines, déclenchera un premier décaissement et enverra un signal fort aux investisseurs régionaux. Pour le Niger, pays enclavé aux ressources naturelles stratégiques, l’enjeu dépasse la seule question financière : il s’agit de reconstruire une crédibilité économique mise à l’épreuve par deux années de turbulences politiques. Selon PressAfrik, les services du Fonds et les autorités nigériennes ont finalisé les termes techniques de l’accord à l’issue de leur mission conjointe.

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Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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