RDC : la Céni alerte sur le financement des élections de 2028

A close-up shot of a hand placing a paper ballot into a transparent voting box outdoors.Photo : Fatima Yusuf / Pexels

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La Commission électorale nationale indépendante (Céni) de la République démocratique du Congo (RDC) entre dans une zone de turbulences budgétaires à trois ans du prochain cycle électoral. Dans son rapport annuel rendu public, l’institution décrit une situation financière tendue et redoute, faute de moyens, de compromettre la préparation des scrutins de 2028. Son président Denis Kadima en a fait la matière de son intervention au micro de Patient Ligodi, sur fond de débat naissant autour d’une éventuelle révision de la Constitution.

Une Céni lestée par les dettes du cycle 2023

Le constat dressé par la centrale électorale congolaise est sans détour : les comptes ne sont pas soldés. Les élections générales de décembre 2023, qui avaient reconduit Félix Tshisekedi à la tête de l’État, ont laissé un passif que la Céni continue de traîner. Prestataires impayés, factures logistiques en souffrance, charges liées au déploiement national du matériel de vote : l’institution doit composer avec des arriérés qui amputent sa capacité d’action courante.

Or, organiser un scrutin dans un pays-continent de plus de 100 millions d’habitants, doté d’infrastructures fragiles et de zones d’accès difficile dans l’Est et au cœur de la forêt équatoriale, exige une planification longue. Recensement, cartographie des bureaux de vote, formation des agents, acheminement du matériel sensible : chaque étape suppose des décaissements anticipés. Sans visibilité financière pluriannuelle, la Céni avance à l’aveugle.

2028, un rendez-vous que Kinshasa ne peut manquer

Denis Kadima a martelé un message à valeur politique autant que technique : la RDC ne doit pas rater son prochain cycle électoral. La formule renvoie à la mémoire des reports successifs qui ont marqué l’histoire récente du pays, notamment entre 2016 et 2018, lorsque le glissement du calendrier avait nourri une crise politique majeure et fragilisé la légitimité des institutions. Tenir 2028 dans les délais constitutionnels constitue, pour la centrale électorale, un impératif de crédibilité démocratique.

Concrètement, la Céni plaide pour un décaissement régulier et programmé des fonds promis par le Trésor public, et non pour des allocations versées en urgence à l’approche du scrutin. Cette logique de financement par paliers, déjà recommandée par les bailleurs internationaux dans d’autres pays africains, vise à éviter les goulets d’étranglement opérationnels. Reste à savoir si le gouvernement, confronté à la guerre dans l’Est face à l’AFC-M23 et à des arbitrages budgétaires serrés, parviendra à sanctuariser cette ligne.

Référendum constitutionnel : la Céni en position d’attente

L’autre dossier qui s’invite dans le débat est celui d’un possible référendum sur la révision de la Constitution. Félix Tshisekedi a ouvert ce chantier dans son discours, évoquant une loi fondamentale qu’il juge inadaptée aux réalités congolaises. L’opposition y voit une manœuvre destinée à desserrer les verrous limitant le nombre de mandats présidentiels, accusation que la majorité conteste.

Interrogé sur le sujet, Denis Kadima maintient une ligne prudente. La Céni, rappelle-t-il, n’a pas vocation à se prononcer sur l’opportunité politique d’une consultation ; elle se tient prête à l’organiser si elle en reçoit mandat légal, à condition d’en avoir les moyens. Cette posture institutionnelle ne tranche pas le débat, mais en déplace le centre de gravité : tout référendum supplémentaire viendrait s’ajouter à un calendrier déjà sous pression et alourdirait mécaniquement la facture.

Par ailleurs, la centrale électorale insiste sur la nécessité de réformer en amont certains pans du processus, notamment le fichier électoral, dont la fiabilité avait été contestée en 2023 par plusieurs missions d’observation. Une refonte exigerait, là encore, du temps et des ressources.

Pour les partenaires extérieurs de la RDC, qu’il s’agisse de l’Union européenne, des Nations unies ou des chancelleries régionales, la solidité du prochain cycle électoral conditionnera largement la perception de la stabilité institutionnelle du pays. À trois ans de l’échéance, le signal envoyé par la Céni place le financement des élections au rang des priorités souveraines. Selon RFI Afrique.

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Serge Kaboré
Journaliste politique, Serge Kaboré suit les trajectoires électorales et la gouvernance publique dans l'espace francophone ouest-africain. Ses analyses portent sur les alternances démocratiques, la réforme de l'État, les transitions militaires et les politiques publiques structurantes dans les domaines de l'éducation et de la santé.

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