Sud-Liban : le château de Beaufort de nouveau sous les bombardements

Tourists view the scenic coast from Byblos Castle, an ancient landmark in Lebanon.Photo : YL Lew / Pexels

Le château de Beaufort, perché à près de 700 mètres d’altitude au-dessus du fleuve Litani, est revenu au cœur de l’actualité militaire du Sud-Liban. Selon les informations rapportées par la presse libanaise, la forteresse, connue localement sous le nom de Qalaat Chaqif, a essuyé de nouvelles frappes qui rappellent son rôle récurrent dans les confrontations frontalières. Le site, classé parmi les vestiges majeurs de l’époque croisée au Levant, occupe une position de surveillance que les états-majors successifs n’ont jamais cessé de convoiter.

Un verrou géographique au-dessus du Litani

L’intérêt militaire de Beaufort tient à sa topographie. Depuis ses remparts, l’observation embrasse une large portion du sud du pays, de la plaine de Marjeyoun jusqu’aux contreforts du mont Hermon, et porte jusqu’aux localités du nord d’Israël. Cette caractéristique en a fait, dès les années 1970, un point d’appui disputé entre l’Organisation de libération de la Palestine, l’armée israélienne et, plus tard, le Hezbollah. Occupé par Tsahal de 1982 à 2000, le château avait été partiellement dynamité par les forces israéliennes lors de leur retrait du Sud-Liban en mai 2000.

La reprise des bombardements sur ce site n’a donc rien d’anecdotique. Elle s’inscrit dans une mémoire stratégique longue, où chaque tir sur Beaufort sonne comme un avertissement adressé à l’ensemble du dispositif militaire installé entre la Ligne bleue et le fleuve Litani. Le secteur fait l’objet, depuis l’accord de cessez-le-feu conclu fin novembre 2024, d’un régime de surveillance renforcée, sans que les violations ne cessent pour autant.

Patrimoine et guerre, une équation libanaise

Au-delà de la dimension militaire, les frappes posent la question récurrente de la protection du patrimoine en zone de conflit. Inscrit sur la liste indicative du Liban auprès de l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), Beaufort cumule huit siècles d’histoire et une valeur archéologique reconnue. Les autorités libanaises avaient engagé, avant la dernière séquence d’affrontements, des travaux de restauration partiels destinés à sécuriser les murailles fragilisées par les destructions de 2000.

Plusieurs sites historiques du Sud-Liban ont subi des dégâts au cours des derniers mois, des marchés ottomans de Nabatieh aux mosquées anciennes de Tyr. Beaufort vient s’ajouter à cette liste, sans que des évaluations indépendantes complètes aient pu être conduites sur place en raison de l’insécurité persistante. Le ministère libanais de la Culture, sollicité à plusieurs reprises par les acteurs du patrimoine, a appelé au respect des conventions internationales protégeant les biens culturels en temps de guerre.

Un signal politique au-delà du symbole

Frapper Beaufort, c’est aussi viser un répertoire symbolique. Pour une partie de l’opinion libanaise, la forteresse incarne la résistance à l’occupation et le retournement de 2000. Pour les responsables militaires israéliens, elle représente au contraire un point d’appui historique du dispositif adverse. Cette double lecture explique pourquoi le site polarise systématiquement l’attention dès lors que les hostilités reprennent au-dessus du Litani.

Sur le plan diplomatique, les frappes interviennent alors que la mission de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) voit son mandat débattu et que les capitales occidentales, Washington et Paris en tête, multiplient les médiations pour maintenir le fragile cessez-le-feu. Les chancelleries surveillent chaque escalade ponctuelle comme un indicateur de la solidité réelle de l’accord. Une montée en intensité dans le secteur de Nabatieh, où se trouve Beaufort, serait perçue comme un signal d’alarme par les acteurs régionaux.

Reste l’inconnue de la durée. Les frappes sur le château pourraient n’être qu’un épisode parmi d’autres dans la routine des violations recensées depuis un an, ou annoncer une séquence plus large d’opérations dans la profondeur du Sud-Liban. Les prochaines semaines diront si Beaufort retrouve, une fois encore, son rôle tragique de baromètre du conflit. Selon Al Akhbar.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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