Dette africaine : le Bénin érige la gestion souveraine en savoir-faire

Colorful outdoor market scene in Benin City, Nigeria, showcasing vibrant fabrics and local merchandise.Photo : David Iloba / Pexels

La trajectoire d’endettement du continent africain a franchi un seuil symbolique. Entre 2021 et 2023, les remboursements de dette ont surpassé, pour la première fois, les budgets consacrés à l’éducation. En 2024, près de 18 % des recettes publiques africaines ont été absorbées par le service de la dette, soit trois fois la part observée en 2010. Aucune autre région du monde n’affiche un tel ratio, ce qui place la soutenabilité financière au cœur des préoccupations des ministères des Finances.

Dans ce paysage tendu, le Bénin a choisi une voie singulière. Plutôt que de subir les marchés ou de courir après les bailleurs, Cotonou a transformé la gestion de sa dette en discipline professionnelle, structurée et anticipatrice. C’est cette philosophie que met en lumière une analyse signée par Ghita Lamriki, Géraldine Mermoux et Lossani Zina, du groupe panafricain de conseil Finactu.

Le Bénin, laboratoire d’une dette publique professionnalisée

Depuis plusieurs années, l’équipe rapprochée du ministre béninois de l’Économie et des Finances, Romuald Wadagni, a fait du passif souverain un objet de stratégie active. La Caisse autonome d’amortissement (CAA), chargée de la gestion de la dette publique, est devenue un véritable centre d’expertise. Les arbitrages s’y opèrent à la lumière des coûts moyens, des maturités, des devises d’émission et des fenêtres de marché, avec une logique d’investisseur autant que d’emprunteur.

Cette approche a porté ses fruits. Le pays a multiplié les opérations innovantes : émission de la première obligation souveraine en euros à 14 ans d’un émetteur africain noté en catégorie spéculative, rachat anticipé de tranches coûteuses, recours à des swaps pour lisser le service de la dette, ou encore mobilisation d’instruments verts et sociaux. Chaque opération est calibrée pour réduire le coût moyen pondéré du portefeuille et allonger la duration, deux indicateurs clés de la résilience financière.

Une discipline budgétaire adossée à la crédibilité

La performance béninoise ne se résume pas à l’ingénierie financière. Elle repose sur un socle budgétaire crédible, salué par le Fonds monétaire international (FMI) et les agences de notation. Le pays maintient un déficit maîtrisé, des règles d’engagement strictes et une communication financière régulière à destination des investisseurs internationaux. Cette transparence se traduit concrètement par un accès facilité aux marchés et des spreads contenus, là où d’autres souverains africains paient une prime de risque dissuasive.

Reste que la dette béninoise n’est pas à l’abri des chocs externes. Les conditions monétaires mondiales, le resserrement opéré par les grandes banques centrales et la volatilité des devises pèsent sur le coût des nouvelles émissions. Cotonou a néanmoins démontré qu’une gouvernance disciplinée pouvait amortir ces chocs, en évitant l’écueil d’un endettement opportuniste et procyclique observé chez plusieurs voisins.

Quelles leçons pour les souverains africains

Selon les analystes de Finactu, le modèle béninois interpelle d’abord par sa professionnalisation. Trop de pays africains continuent de gérer leur dette comme une fonction administrative subalterne, sans cellule dédiée, sans stratégie pluriannuelle, sans tableau de bord des risques. À l’inverse, Cotonou traite chaque émission comme un actif de marché à optimiser, avec des équipes formées aux standards internationaux et une coordination étroite entre le Trésor, la CAA et les conseils financiers.

Le deuxième enseignement concerne la diversification des sources de financement. Le recours combiné aux marchés régionaux de l’UEMOA, aux eurobonds, aux financements concessionnels et aux instruments thématiques permet de répartir les risques et de saisir les opportunités selon les cycles. Cette palette suppose toutefois des compétences techniques pointues et une capacité d’analyse macroéconomique fine, deux ressources encore rares dans les administrations du continent.

Le troisième enseignement est politique. La gestion vertueuse de la dette suppose un alignement durable entre la présidence, le ministère des Finances et la banque centrale, à l’abri des tentations électorales. Dans un continent où le service de la dette concurrence désormais l’école et la santé, la professionnalisation de cette fonction n’est plus une option technique : elle devient un impératif de souveraineté budgétaire. Selon Financial Afrik, l’expérience béninoise mérite à ce titre d’être étudiée et adaptée par les autres économies africaines.

Pour aller plus loin

Moody’s abaisse la perspective souveraine du Mali à négative · Le Bénin pénalise le refus des billets et pièces abîmés · Brazzaville referme les assemblées annuelles 2026 de la BAD

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About the Author

Aïcha Diallo
Journaliste financière, Aïcha Diallo couvre les marchés de capitaux ouest-africains, le secteur bancaire et le paiement mobile. Diplômée en finance d'une grande école de commerce, elle a travaillé dans l'analyse économique avant de se consacrer au journalisme. Elle décrypte les stratégies des groupes bancaires panafricains et les décisions des régulateurs régionaux.

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