La pression monte d’un cran entre Washington et Mascate autour du détroit d’Ormuz. Le 28 mai, le ministre américain des Finances a explicitement menacé le sultanat d’Oman de sanctions économiques, dans l’hypothèse où ce dernier nouerait une forme de coopération avec l’Iran pour le contrôle de cette artère maritime vitale. L’avertissement intervient vingt-quatre heures après une déclaration tout aussi tranchante du président américain, qui avait surpris ses interlocuteurs en visant nommément un allié historique des États-Unis lors d’une réunion gouvernementale à la Maison Blanche.
Un signal politique adressé à Mascate
L’épisode rompt avec la prudence diplomatique qui caractérise habituellement les relations bilatérales entre les deux capitales. Oman entretient depuis des décennies une politique étrangère d’équilibre, jouant les médiateurs entre Washington et Téhéran, notamment lors des pourparlers sur le programme nucléaire iranien. Le sultanat a souvent servi de canal arrière pour des messages que ni la République islamique ni les administrations américaines successives ne pouvaient transmettre frontalement. En ciblant publiquement Mascate, l’exécutif américain rompt avec ce schéma feutré.
La menace formulée par le Trésor américain reste, à ce stade, conditionnelle. Elle vise à dissuader toute initiative omanaise qui consoliderait la position iranienne sur la rive nord du détroit, là où Téhéran déploie sa marine et ses Gardiens de la révolution. Pour Washington, tout arrangement bilatéral de gestion ou de surveillance du passage entre Mascate et Téhéran reviendrait à légitimer une emprise iranienne contestée par les Occidentaux et par plusieurs monarchies du Golfe.
Ormuz, verrou énergétique mondial
Le détroit d’Ormuz n’est pas un théâtre maritime parmi d’autres. Environ un cinquième du pétrole consommé dans le monde transite chaque jour par ce goulet de moins de quarante kilomètres de large dans sa section la plus étroite, entre le territoire omanais de la péninsule de Musandam et la côte iranienne. S’y ajoutent les flux croissants de gaz naturel liquéfié en provenance du Qatar. Toute incertitude sur la liberté de navigation provoque mécaniquement une nervosité immédiate sur les marchés énergétiques mondiaux.
C’est précisément cette sensibilité que les autorités américaines cherchent à préserver. Le commandement central de l’armée américaine (CENTCOM), dont une partie des moyens est prépositionnée au Bahreïn voisin, considère la sécurisation d’Ormuz comme une mission cardinale. Toute coordination opérationnelle entre Mascate et Téhéran pourrait, selon Washington, compliquer la surveillance des tankers, le suivi des cargaisons sous sanctions et la prévention d’incidents avec des bâtiments iraniens.
Un test pour la diplomatie d’équilibre du sultanat
Pour le sultan Haïtham ben Tariq, la séquence ouvre un dilemme délicat. Mascate cultive avec Téhéran une relation de bon voisinage, fondée sur la géographie et sur des intérêts commerciaux concrets, tout en restant intégrée à l’architecture de sécurité régionale soutenue par les États-Unis. Plusieurs accords militaires, dont l’accès à des facilités portuaires omanaises pour l’aviation et la marine américaines, structurent ce partenariat depuis les années 1980. Une rupture, même partielle, aurait des effets de cascade sur l’économie du sultanat, dont les recettes d’hydrocarbures et les financements internationaux dépendent largement de la stabilité de ces liens.
Reste que la marge de manœuvre omanaise n’est pas nulle. Le sultanat peut faire valoir que sa relation avec l’Iran est précisément ce qui permet de maintenir des canaux de désescalade lorsque les tensions montent dans le Golfe. Plusieurs diplomates européens ont, par le passé, défendu cette utilité auprès des administrations américaines. La question est désormais de savoir si l’équipe en place à Washington considère encore cette médiation comme un atout ou comme une ambiguïté à corriger.
Aucune mesure concrète n’a, pour l’heure, été annoncée par le Trésor américain. La menace s’inscrit dans la grammaire désormais habituelle de la pression économique américaine, où l’annonce précède souvent la décision et tient lieu d’instrument de négociation. Les prochaines semaines diront si Mascate ajuste sa posture ou si le sultanat assume publiquement son rôle d’intermédiaire avec la République islamique. Selon RFI Moyen-Orient.
Pour aller plus loin
Netanyahu ordonne à l’armée israélienne de saisir 70 % de Gaza · Israël installe une base militaire en zone A en Cisjordanie occupée · Sud-Liban : le château de Beaufort de nouveau sous les bombardements

Be the first to comment on "Washington menace Oman de sanctions sur le détroit d’Ormuz"