L’établissement d’une base militaire israélienne en zone A de la Cisjordanie occupée marque une inflexion notable dans la gestion du territoire palestinien. La zone A, telle que définie par les accords d’Oslo II conclus en 1995, relève en principe du contrôle civil et sécuritaire exclusif de l’Autorité palestinienne. La saisie de terres pour y installer une infrastructure permanente de l’armée israélienne brise donc un cadre juridique vieux de plus de trois décennies, jusqu’ici présenté comme l’ossature minimale d’une coexistence négociée.
Une entorse inédite au découpage hérité d’Oslo
Le découpage tripartite issu des accords d’Oslo répartit la Cisjordanie entre la zone A, sous administration palestinienne, la zone B, à gestion mixte, et la zone C, placée sous contrôle israélien intégral et qui couvre environ 60% du territoire. Depuis 1993, Israël avait multiplié les incursions ponctuelles en zone A, notamment pour des opérations de sécurité, sans toutefois y établir d’emprise foncière pérenne. L’implantation d’une base militaire change la nature de la présence : elle ne relève plus de l’opération transitoire mais d’une installation durable, adossée à une réquisition de terres palestiniennes.
Le précédent est jugé d’autant plus lourd que plusieurs responsables politiques israéliens, en particulier au sein de la coalition au pouvoir, ont publiquement plaidé ces derniers mois pour une extension de la souveraineté de l’État hébreu sur des pans entiers de la Cisjordanie. Les ministres issus de la droite nationaliste et religieuse défendent ouvertement un agenda annexionniste, que la communauté internationale qualifie majoritairement de contraire au droit international.
Un signal politique en pleine offensive de colonisation
La décision intervient alors que la dynamique de colonisation en Cisjordanie occupée connaît une accélération documentée par les organisations onusiennes et les ONG israéliennes. L’avancée des avant-postes, la multiplication des routes de contournement et l’extension des périmètres de sécurité autour des implantations dessinent une cartographie qui grignote, mètre par mètre, l’espace dévolu à l’Autorité palestinienne. L’installation d’une base militaire en zone A vient ajouter une dimension symbolique : elle inverse, pour la première fois, la logique de retrait partiel inscrite dans la philosophie d’Oslo.
Sur le terrain, les habitants palestiniens concernés par la réquisition redoutent un effet de cliquet. Une fois l’infrastructure militaire bâtie, l’expérience des dernières décennies montre que le retour des terres à leurs propriétaires ou à la gestion palestinienne devient quasiment improbable. Les juristes spécialisés rappellent que le statut de puissance occupante, tel que défini par la Quatrième Convention de Genève, encadre strictement les motifs autorisant une réquisition foncière, lesquels doivent demeurer temporaires et liés à des impératifs de sécurité immédiats.
Une équation diplomatique sous tension
Pour Ramallah, le geste s’apparente à une fragilisation supplémentaire d’une Autorité palestinienne déjà affaiblie financièrement et politiquement. La perte de prérogatives effectives sur la zone A, dernier réduit de souveraineté reconnue, met à mal le récit institutionnel construit depuis trente ans. Les capitales arabes, dont plusieurs ont normalisé ou rapproché leurs relations avec Israël ces dernières années, devront se positionner face à un précédent qui touche au cœur de la question palestinienne.
Les chancelleries européennes, qui financent une part substantielle des structures de l’Autorité palestinienne, observent l’évolution avec une inquiétude croissante. Plusieurs d’entre elles ont rappelé ces derniers mois leur attachement à la solution dite des deux États, désormais contestée jusque dans ses fondements territoriaux. La perspective d’une annexion de facto, par accumulation de mesures unilatérales plutôt que par décret formel, gagne du terrain dans les analyses produites par les think tanks régionaux.
Reste la question de la riposte. Aucune sanction internationale d’ampleur n’a, à ce stade, été annoncée à la suite de l’annonce israélienne, et le rapport de force diplomatique laisse peu d’espace à une réaction coordonnée. Dans l’intervalle, la matérialité du chantier militaire en zone A poursuit son cours, fixant dans le paysage un nouveau marqueur territorial. Selon RFI Moyen-Orient.
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