Benyamin Netanyahu a publiquement assumé, jeudi 28 mai, avoir ordonné aux forces armées israéliennes de s’emparer de 70 % de la bande de Gaza, en rupture avec les termes de la trêve entrée en vigueur en octobre dernier. Les propos du chef du gouvernement israélien, diffusés par une chaîne locale, ont été tenus dans un cadre semi-privé avant de connaître une exposition médiatique soudaine. Ils dessinent une inflexion stratégique majeure pour l’enclave palestinienne et pour les médiateurs régionaux qui avaient porté l’accord.
Une rupture assumée avec le cessez-le-feu d’octobre
L’accord conclu à l’automne, sous l’égide d’acteurs régionaux et occidentaux, prévoyait un désengagement progressif des troupes israéliennes de plusieurs zones de la bande côtière, en contrepartie d’arrangements sécuritaires et humanitaires. En revendiquant l’occupation de plus des deux tiers du territoire gazaoui, Netanyahu paraît acter une réécriture de fait du compromis. La formulation employée, qui évoque un ordre déjà donné, suggère que la manœuvre est en cours d’exécution sur le terrain et non à l’état de projet.
Cette annonce intervient alors que la coalition au pouvoir à Jérusalem est traversée depuis plusieurs mois par des débats internes sur l’horizon politique de l’enclave. Les ministres les plus à droite du cabinet plaident pour une présence militaire prolongée, tandis que des voix issues de l’appareil sécuritaire alertent sur le coût opérationnel d’un contrôle territorial étendu. Le seuil des 70 % évoqué publiquement donne une traduction chiffrée à cette orientation maximaliste.
Un défi pour les médiateurs régionaux
Pour les capitales qui ont parrainé le cessez-le-feu, l’Égypte et le Qatar en première ligne, la déclaration du Premier ministre israélien constitue un signal préoccupant. Le Caire, qui contrôle le terminal de Rafah et redoute toute déstabilisation du Sinaï, observe avec inquiétude les évolutions militaires le long de sa frontière. Doha, de son côté, mise sur son rôle d’intermédiaire pour préserver des canaux de discussion avec l’ensemble des protagonistes, y compris le Hamas.
Les chancelleries du Golfe, engagées dans des dynamiques de normalisation et d’investissement avec Israël, voient également leur marge de manœuvre se resserrer. Riyad avait conditionné toute avancée vers une reconnaissance formelle à des garanties tangibles sur un horizon politique palestinien. Une emprise israélienne consolidée sur la majeure partie de Gaza complique l’équation, en privant les partenaires arabes des contreparties qu’ils attendaient.
Implications humanitaires et économiques
Sur le plan humanitaire, l’extension du contrôle militaire pèse sur les conditions d’acheminement de l’aide internationale. Les agences onusiennes et les organisations non gouvernementales présentes dans l’enclave dépendent d’un maillage de corridors dont la viabilité est directement liée au positionnement des forces israéliennes. Toute redéfinition des zones tenues par l’armée se traduit mécaniquement par une reconfiguration des couloirs logistiques, avec des effets immédiats sur la distribution de vivres, d’eau et de soins.
Le volet économique n’est pas en reste. Les bailleurs internationaux, qui ont préparé plusieurs plans de reconstruction chiffrés en dizaines de milliards de dollars, exigent un cadre de gouvernance stable et un calendrier de retrait clair pour engager leurs décaissements. L’annonce de Netanyahu fragilise ces hypothèses de travail. Les institutions financières arabes et les fonds souverains du Golfe, sollicités pour cofinancer la reconstruction, se trouvent renvoyés à une attente prolongée.
Reste l’inconnue de la réception américaine. Washington, qui avait apporté son poids à l’accord d’octobre, doit désormais arbitrer entre solidarité stratégique avec son allié israélien et préservation d’une architecture diplomatique régionale qu’il a contribué à bâtir. Les prochains jours diront si la déclaration de Netanyahu relève d’une posture politique interne ou d’une réorientation durable de la stratégie israélienne dans l’enclave. Selon RFI Moyen-Orient.
Pour aller plus loin
Israël installe une base militaire en zone A en Cisjordanie occupée · Sud-Liban : le château de Beaufort de nouveau sous les bombardements · Liban : Israël visé pour ses frappes répétées contre les secouristes

Be the first to comment on "Netanyahu ordonne à l’armée israélienne de saisir 70 % de Gaza"