Aramta : le Liban-Sud face au retour de la question de la libération

Beautiful landscape of Bsharri, Lebanon, featuring a church amidst rolling hills and vibrant greenery.Photo : Fady / Pexels

Le nom d’Aramta, localité perchée dans le caza de Jezzine au Liban-Sud, refait surface dans le débat politique libanais. La tribune publiée par le journaliste Hussein al-Amine dans le quotidien Al-Akhbar y voit un révélateur : celui du retour, au sein de la société sudiste, d’une grammaire politique que beaucoup pensaient reléguée aux archives des années 1980 et 1990. Le mot « libération » redevient central, alors que plusieurs positions militaires israéliennes demeurent installées sur des hauteurs stratégiques du sud du pays, en dépit du cessez-le-feu conclu fin 2024.

Aramta, un poste avancé devenu ligne symbolique

Située sur les contreforts qui dominent la vallée du Litani, Aramta occupe une position d’observation majeure sur l’ensemble du secteur oriental du Liban-Sud. La localité avait déjà été un point névralgique durant l’occupation israélienne qui s’était prolongée jusqu’au retrait de mai 2000. Son retour dans l’actualité tient moins à un événement militaire isolé qu’à la persistance de points de contrôle israéliens sur cinq collines frontalières, maintenus après la trêve négociée sous parrainage américain et français.

Pour l’auteur de la tribune, cette configuration réactive un imaginaire enfoui. La question posée n’est plus seulement celle de la reconstruction ou du désarmement, mais celle du statut territorial. Le vocabulaire de la libération, longtemps porté par la résistance armée puis mis en sourdine après l’accord de novembre 2024, retrouve une audience dans les villages directement concernés par la présence israélienne résiduelle.

Le sud libanais entre trêve fragile et occupation partielle

Le cessez-le-feu de novembre 2024, censé mettre fin à plus d’un an d’affrontements ouverts entre le Hezbollah et l’armée israélienne, prévoyait un retrait complet des forces israéliennes du territoire libanais. Or, plusieurs positions n’ont pas été évacuées. Tel-Aviv invoque des impératifs sécuritaires ; Beyrouth y voit une violation caractérisée du texte négocié et de la résolution 1701 du Conseil de sécurité des Nations unies. La FINUL, force intérimaire des Nations unies au Liban, opère dans un cadre étroit qui limite ses marges de manœuvre.

Dans ce contexte, les habitants d’Aramta et des localités voisines vivent une situation ambiguë. Le retour dans les villages est possible, mais partiel. Les activités agricoles restent contraintes par la proximité des positions israéliennes et par le risque persistant d’incidents. Plusieurs municipalités du caza de Jezzine ont réclamé, à travers des communiqués publics, un calendrier ferme de retrait ainsi qu’une clarification des lignes rouges définies par les garants du cessez-le-feu.

Un lexique politique qui se recompose

L’article d’Al-Akhbar souligne un déplacement discret mais significatif du langage politique. Après la disparition de Hassan Nasrallah et l’affaiblissement de l’appareil militaire du Hezbollah, une partie des observateurs anticipait un reflux durable de la thématique de la résistance armée. Le maintien de positions israéliennes sur le sol libanais produit l’effet inverse dans certaines franges de la société sudiste. La libération n’y est plus formulée comme un slogan partisan, mais comme une revendication d’intégrité territoriale portée par des élus locaux, des notables et des familles chassées par les combats.

Ce glissement place l’exécutif libanais dans une position délicate. Le gouvernement, engagé dans un processus de restauration du monopole étatique sur la force armée, doit démontrer sa capacité à obtenir un retrait complet par la voie diplomatique. À défaut, l’argumentaire des partisans d’une réactivation de la résistance armée trouve mécaniquement un terrain plus favorable. La médiation menée par Washington, relayée par Paris et par plusieurs capitales du Golfe, joue ici un rôle déterminant.

Une équation régionale sous surveillance

La question d’Aramta dépasse le seul cadre libanais. Elle s’inscrit dans une séquence régionale où la recomposition des équilibres, depuis le changement de régime à Damas fin 2024 et la poursuite des opérations à Gaza, modifie les cartes stratégiques. Israël ajuste son dispositif au nord dans une logique de profondeur défensive, tandis que Téhéran cherche à préserver l’influence résiduelle dont il dispose au Levant. Beyrouth, économiquement exsangue, dispose de peu de leviers autonomes pour peser sur cet arbitrage.

Reste que le mot « libération », revenu par la porte des collines de Jezzine, oblige la classe politique à trancher entre deux voies : celle d’une négociation prolongée avec des concessions incertaines, ou celle d’une posture plus ferme assumant le risque d’une nouvelle escalade. Selon Al-Akhbar, la réponse se dessinera d’abord dans les villages du Sud, avant les palais de Beyrouth.

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Ibrahim El Hadj
Correspondant Moyen-Orient, Ibrahim El Hadj suit les dossiers géopolitiques et économiques de la région, avec un intérêt particulier pour les investissements du Golfe en Afrique, les routes commerciales de la mer Rouge et la diplomatie énergétique. Arabophone et francophone, il travaille sur les sources libanaises, algériennes et émiraties.

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