Le Maroc traverse une séquence politique délicate après la tenue d’un scrutin marqué par une participation jugée historiquement basse, selon la lecture qu’en fait le quotidien libanais Al Akhbar. Dans sa dépêche, le journal avance que le royaume chérifien chercherait à compenser un déficit de légitimité interne par une accélération de sa trajectoire de normalisation avec Israël, nouée depuis la signature des accords d’Abraham en décembre 2020. Cette grille de lecture, résolument critique, s’inscrit dans la ligne éditoriale d’un titre proche de l’axe de la résistance au Levant.
Un scrutin marocain lu à l’aune de la participation
Al Akhbar met en avant ce qu’il décrit comme le plus faible taux de participation observé lors d’une consultation électorale récente au Maroc. Le quotidien y voit le symptôme d’une désaffection croissante d’une partie du corps électoral à l’égard de l’offre partisane et des institutions représentatives. Cette lecture, orientée, tranche avec les communications officielles de Rabat, qui tendent à valoriser la régularité du processus et la pluralité des forces en lice.
Le quotidien beyrouthin établit un lien direct entre cette érosion de la mobilisation citoyenne et la contestation d’une partie de la société civile marocaine à l’égard du rapprochement avec l’État hébreu. Dans plusieurs villes du royaume, des manifestations ont été organisées ces derniers mois en soutien à Gaza et pour exiger la suspension des accords conclus en 2020. Le journal estime que l’écart se creuse entre la position diplomatique officielle et une opinion publique travaillée par la guerre menée dans la bande de Gaza depuis octobre 2023.
La normalisation avec Israël, variable centrale du récit
L’angle retenu par Al Akhbar est explicite dès son titre : la normalisation jouerait le rôle d’une légitimité de substitution, destinée à consolider la relation du royaume avec Washington et à sécuriser la reconnaissance américaine de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental, actée en décembre 2020 par l’administration Trump. Cette équation, selon le quotidien, placerait le dossier israélo-palestinien au cœur de la stratégie extérieure de Rabat, bien au-delà de sa dimension strictement bilatérale.
Depuis la reprise des relations diplomatiques, la coopération entre le Maroc et Israël s’est étendue à plusieurs compartiments sensibles, de la défense au renseignement en passant par l’agriculture et les technologies. Plusieurs visites officielles ont scellé ce rapprochement, dont celle de l’ancien ministre israélien de la Défense Benny Gantz en novembre 2021. Pour les détracteurs de cette ligne, dont Al Akhbar se fait le relais, ce partenariat sécuritaire alimenterait un ressentiment durable au sein d’une population historiquement attachée à la cause palestinienne.
Une lecture contestée, mais révélatrice d’une bataille narrative
La thèse défendue par le quotidien libanais est à manier avec précaution. Al Akhbar s’inscrit dans une sensibilité politique proche du Hezbollah et développe une grille d’analyse systématiquement défavorable aux États arabes signataires des accords d’Abraham, catégorie qui inclut également les Émirats arabes unis, Bahreïn et le Soudan. Les autorités marocaines, pour leur part, défendent l’idée que la normalisation constitue un levier au service des intérêts nationaux, en particulier sur le dossier territorial du Sahara.
Reste que le constat d’une participation en recul, s’il est confirmé, mérite d’être posé indépendamment de la question israélienne. Plusieurs chercheurs spécialistes du Maghreb documentent depuis une décennie un désengagement électoral progressif dans la région, lié à la perception d’une faible efficacité des institutions élues face au pouvoir exécutif et aux cercles proches du Palais. Le gouvernement sortant, dirigé par Aziz Akhannouch depuis octobre 2021, est confronté à une contestation sociale alimentée par l’inflation, la crise de l’eau et les séquelles du séisme d’Al Haouz de septembre 2023.
La séquence que décrit Al Akhbar illustre, au-delà de son parti pris, l’intensité de la bataille narrative qui entoure la position marocaine sur Israël. À Rabat, les autorités mettent en avant la cohérence d’une diplomatie souveraine ; à Beyrouth, Téhéran et dans une partie des opinions arabes, la normalisation reste perçue comme un renoncement. Entre ces deux pôles, la société marocaine fait entendre une voix nuancée, dont le prochain cycle électoral mesurera l’ampleur. Selon Al Akhbar.
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