La section sénégalaise d’Amnesty International a choisi le 10 octobre, date de la Journée mondiale contre la peine de mort, pour interpeller publiquement le président Bassirou Diomaye Faye sur le sort de Mbayang Diop, ressortissante sénégalaise condamnée à la peine capitale. L’organisation demande au chef de l’État d’user de son influence et des canaux diplomatiques dont dispose Dakar pour empêcher l’exécution de la jeune femme. Au-delà du cas individuel, l’initiative replace la question de la protection consulaire des Sénégalais à l’étranger au cœur du débat public.
Un dossier consulaire qui dure depuis près d’une décennie
Le nom de Mbayang Diop est connu de l’opinion sénégalaise depuis plusieurs années. Partie travailler comme employée de maison dans la péninsule Arabique, elle a été reconnue coupable du meurtre de son employeuse et condamnée à la peine capitale par une juridiction du Golfe. Depuis, le dossier a traversé plusieurs présidences successives à Dakar, sans qu’une issue définitive ait été trouvée, la procédure dépendant notamment du pardon de la famille de la victime, règle centrale du droit pénal appliqué dans la région.
Pour Amnesty International Sénégal, l’arrivée au pouvoir d’une nouvelle équipe en avril 2024 rebat les cartes. L’ONG attend du président Diomaye Faye et de son gouvernement une démarche officielle, probablement doublée de contacts discrets, pour obtenir la commutation de la peine ou le versement du prix du sang permettant la grâce. Le silence prolongé des autorités sur ce type de dossiers, régulièrement reproché aux exécutifs précédents, est désormais présenté comme un marqueur de la crédibilité internationale du nouveau pouvoir en matière de droits humains.
Un paradoxe sénégalais face au Golfe
Le Sénégal a aboli la peine de mort en décembre 2004, sous la présidence d’Abdoulaye Wade, après plusieurs décennies sans exécution. Depuis, Dakar a voté en faveur des résolutions de l’Assemblée générale des Nations unies appelant à un moratoire universel sur les exécutions. Cette position de principe entre en tension directe avec la réalité vécue par ses ressortissants condamnés dans des pays où le châtiment capital reste couramment prononcé, en particulier pour les crimes de sang.
Les chiffres rendus publics ces dernières années par Amnesty International décrivent un paysage préoccupant. L’organisation a documenté une forte progression des exécutions à l’échelle mondiale en 2024, avec une concentration marquée au Moyen-Orient, notamment en Iran, en Arabie saoudite et en Irak. L’Arabie saoudite figure, année après année, parmi les trois pays appliquant le plus la peine capitale, les travailleurs migrants, souvent peu francophones et faiblement défendus, étant surreprésentés parmi les condamnés étrangers.
Un test politique pour la nouvelle diplomatie sénégalaise
Le gouvernement d’Ousmane Sonko a affiché, depuis sa prise de fonctions, l’ambition d’une diplomatie plus assertive, en particulier vis-à-vis des partenaires du Golfe appelés à soutenir le financement du nouveau référentiel économique. Riyad et Abou Dhabi comptent parmi les capitales courtisées pour accompagner les projets d’infrastructures et la stratégie gazière. Un dossier consulaire comme celui de Mbayang Diop oblige donc l’exécutif à articuler intérêts économiques, demande sociale de protection des migrants et discours sur la souveraineté.
Le précédent de la domestique indonésienne Tuti Tursilawati, exécutée en 2018 en Arabie saoudite malgré les démarches de Jakarta, demeure dans toutes les mémoires des chancelleries confrontées à ce type de dossier. À l’inverse, plusieurs ressortissantes philippines ou éthiopiennes ont pu être rapatriées après versement de la diya, le prix du sang, parfois réuni par des collectes publiques encadrées par l’État. Ces expériences dessinent une boîte à outils connue, mais exigeante en temps, en argent et en engagement politique au plus haut niveau.
Reste la dimension symbolique. En plaçant la question au calendrier du 10 octobre, Amnesty Sénégal relie le cas particulier à un combat universel et met l’exécutif face à ses propres engagements internationaux. La réponse de la présidence, qu’elle prenne la forme d’une démarche officielle assumée ou d’une médiation plus feutrée, sera scrutée comme un indicateur de la manière dont Dakar entend conjuguer, dans ses relations avec le Golfe, les affaires et les principes.
Pour aller plus loin
Mohammed VI redessine la coopération migratoire du Maroc devant le Parlement · Asile américain : 2 700 dossiers écartés via un accord avec l’Ouganda · L’Algérie noue des accords judiciaires avec la Turquie à Istanbul

Be the first to comment on "Mbayang Diop : Amnesty presse Diomaye Faye d’agir auprès de Riyad"