L’Autorité palestinienne a tranché : les Palestiniens de Cisjordanie, de Jérusalem-Est et de la bande de Gaza ne retourneront pas aux urnes avant le 11 septembre 2027. En renvoyant à cette échéance l’élection du président de l’Autorité et le renouvellement du Conseil législatif, Mahmoud Abbas prolonge un mandat déjà hors norme et repousse de deux années supplémentaires une consultation attendue, promise, puis retirée à plusieurs reprises depuis le milieu des années 2000.
Un calendrier électoral palestinien gelé depuis près de vingt ans
Le dernier scrutin présidentiel palestinien remonte à janvier 2005, lorsque Mahmoud Abbas avait succédé à Yasser Arafat pour un mandat initial de quatre ans. Les dernières élections législatives, en janvier 2006, s’étaient soldées par la victoire du Hamas, événement qui avait précipité la rupture institutionnelle entre Ramallah et Gaza à partir de l’été 2007. Depuis, aucune consultation nationale n’a pu se tenir dans les Territoires, malgré plusieurs tentatives d’organisation sous médiation égyptienne, russe ou européenne.
La séquence la plus récente avait vu Mahmoud Abbas convoquer, en janvier 2021, des législatives pour mai suivies d’une présidentielle à l’été, avant d’annuler le processus à quelques semaines du vote, en invoquant le refus israélien d’autoriser la participation des électeurs de Jérusalem-Est. Le report à septembre 2027 s’inscrit donc dans une continuité : à chaque fenêtre électorale, un motif juridique ou sécuritaire a conduit à repousser l’échéance, maintenant en place une génération dirigeante dont l’âge moyen dépasse largement celui de la population palestinienne, où près de 70 % des habitants ont moins de 30 ans.
Une décision prise à contretemps de la bataille pour l’après-Gaza
Le calendrier choisi par le président de l’Autorité palestinienne tombe au moment précis où les chancelleries occidentales et arabes débattent du schéma institutionnel qui devra administrer la bande de Gaza après la guerre. Washington, les capitales européennes, Riyad, Le Caire et Amman ont publiquement défendu l’idée d’une Autorité palestinienne « revitalisée », appelée à reprendre pied à Gaza au terme d’une transition. Cette revitalisation suppose, dans la plupart des feuilles de route évoquées depuis 2024, une forme de légitimation démocratique, soit par un scrutin général, soit par un renouvellement interne des instances de l’Organisation de libération de la Palestine.
En fixant les urnes à l’horizon 2027, Ramallah prend le contrepied de ces attentes. L’exécutif palestinien avance traditionnellement plusieurs motifs : impossibilité matérielle d’organiser un vote dans une bande de Gaza dévastée, obstacles posés à Jérusalem-Est, divisions internes au mouvement national. Reste que la décision renforce la main du Fatah et de son appareil, au détriment du Hamas, dont la participation au prochain cycle électoral demeure la ligne de fracture centrale. Elle intervient également alors que la question de la succession de Mahmoud Abbas, 89 ans, structure en coulisses les équilibres à Ramallah, autour de figures comme Hussein al-Cheikh, nommé vice-président de l’OLP en avril 2025.
Un enjeu de légitimité pour l’Autorité palestinienne
Le déficit démocratique n’est pas un sujet nouveau pour l’Autorité palestinienne, mais il devient un argument diplomatique de poids. Plusieurs sondages réalisés par le Centre palestinien de recherche politique et d’enquêtes (PCPSR) de Ramallah ont montré, depuis 2023, qu’une majorité d’habitants de Cisjordanie et de Gaza réclame la démission de Mahmoud Abbas et la tenue rapide d’élections. Le report à 2027 risque d’alimenter cette défiance, dans un contexte où la popularité du Fatah s’érode au profit d’acteurs plus radicaux.
Pour les partenaires régionaux de la cause palestinienne, en particulier l’Égypte et la Jordanie, l’absence de perspective électorale complique la construction d’un dispositif post-conflit crédible. Les plans discutés à huis clos autour d’un comité de technocrates administrant Gaza supposent, à terme, une passation vers une structure élue. Deux années supplémentaires sans scrutin signifient aussi deux années de gestion par décret présidentiel, dans un espace institutionnel où le Conseil législatif est dissous depuis décembre 2018 et où la Cour constitutionnelle, dont la composition est contestée par l’opposition, concentre une part croissante du pouvoir normatif. Le prochain rendez-vous aux urnes, s’il se tient effectivement en septembre 2027, interviendra alors que l’Autorité palestinienne aura passé plus de deux décennies sans légitimation populaire directe.
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