Oumar Wade prend la tête du CCDS de la CEDEAO à Abuja

Contemporary architecture featuring a sleek glass facade in Accra, Ghana, capturing urban business dynamics.Photo : Croberin Photography / Pexels

Le remplacement du chef d’état-major sierra-léonais par le vice-amiral d’escadre sénégalais Oumar Wade à la tête du Comité des chefs d’état-major de la Défense (CCDS) de la CEDEAO n’est pas une simple rotation protocolaire. Elle acte, le 12 octobre 2026 au siège de la Commission à Abuja, la montée en puissance de Dakar dans la gouvernance militaire ouest-africaine, à un moment où l’organisation régionale redéfinit son outil de défense collective. Le choix d’un officier de marine pour piloter l’instance qui coordonne les armées des États membres marque aussi un rééquilibrage entre forces terrestres et dimension maritime, dans un espace où le golfe de Guinée reste exposé à la piraterie et aux trafics.

Le CCDS, cheville ouvrière de la défense ouest-africaine

Rattaché à la Commission de la CEDEAO, le CCDS réunit les chefs d’état-major des quinze – désormais douze – États membres. Il constitue l’organe technique chargé de préparer les décisions des ministres de la Défense et, in fine, des chefs d’État sur les questions militaires communes. Depuis la révision du Mécanisme de prévention, de gestion et de règlement des conflits adopté à Lomé en 1999, puis le protocole additionnel de 2008 sur la Force en attente, cet organe planifie les capacités régionales, valide les concepts opérationnels et supervise les exercices conjoints.

La prise de fonction du vice-amiral Oumar Wade coïncide avec un chantier structurant : la mise sur pied d’une brigade antiterroriste permanente, décidée dans le prolongement du sommet extraordinaire de décembre 2023 à Abuja. L’estimation initiale, évoquée par les instances communautaires, tournait autour de 5 000 hommes et d’une enveloppe de l’ordre de 2,6 milliards de dollars par an, un volume que la Commission n’a jamais totalement sécurisé faute de contributions nationales suffisantes. Le président de la Commission, le général Birame Diop, lui-même ancien chef d’état-major général des Armées sénégalaises, pousse pour que la feuille de route adoptée cette année débouche sur un dispositif réellement déployable.

Dakar, point d’appui de la CEDEAO après le retrait de l’AES

La séquence politique dans laquelle s’inscrit cette nomination est inédite. Depuis le retrait formel du Mali, du Burkina Faso et du Niger, officialisé en janvier 2025 et consolidé par la création de la Confédération des États du Sahel (AES), la CEDEAO a perdu près de 2,8 millions de kilomètres carrés et un front terrestre central dans la lutte contre les groupes armés affiliés à l’État islamique au Grand Sahara et au Jama’at Nasr al-Islam wal-Muslimin. La ligne de front antiterroriste s’est déplacée vers les États côtiers : Bénin, Togo, Côte d’Ivoire et Ghana enregistrent depuis 2021 une progression des incursions dans leurs régions septentrionales.

Dans ce paysage reconfiguré, le Sénégal apparaît comme l’un des rares pays à cumuler stabilité institutionnelle, armée professionnalisée et expérience onusienne, Dakar figurant parmi les premiers contributeurs africains aux opérations de maintien de la paix. La présence simultanée d’un Sénégalais à la présidence de la Commission et d’un officier sénégalais à la tête du CCDS donne à Dakar un levier rare pour peser sur l’architecture de sécurité collective. Elle traduit aussi une volonté des États membres de confier les manettes techniques à un pays non engagé dans un conflit interne et perçu comme équidistant des rivalités d’influence franco-américaines et russo-turques dans la région.

Un calendrier serré pour la brigade antiterroriste

La feuille de route en cours de finalisation doit préciser les règles d’engagement, le financement pérenne et le commandement de la future brigade. Le modèle discuté s’inspire à la fois de la Force multinationale mixte autour du lac Tchad, qui regroupe depuis 2015 le Nigeria, le Niger, le Tchad, le Cameroun et le Bénin contre Boko Haram, et de la défunte Force conjointe du G5 Sahel, dont l’échec budgétaire sert d’avertissement. L’entretien tenu à Abuja entre le nouveau président du CCDS et le chef d’état-major général des Armées du Nigeria, premier contributeur militaire et budgétaire de la Communauté, revêt à cet égard une importance particulière : sans l’engagement d’Abuja, aucune force régionale ne peut tenir sur la durée.

Le mandat du vice-amiral Wade, dont la durée statutaire est habituellement d’un an renouvelable au sein du CCDS, se jouera donc sur sa capacité à transformer les intentions politiques en calendrier opérationnel. La crédibilité de la CEDEAO comme pourvoyeur de sécurité, mise à mal par la crise nigérienne de 2023, dépendra pour partie des arbitrages techniques qui remonteront, dans les prochains mois, du bureau qu’il occupe désormais à Abuja.

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Fatoumata Sow
Analyste géopolitique, Fatoumata Sow est experte des dynamiques sécuritaires au Sahel et dans la Corne de l'Afrique. Elle a travaillé plusieurs années comme chercheuse dans des think tanks panafricains avant de rejoindre la presse. Ses analyses croisent les dimensions militaire, humanitaire et diplomatique des conflits régionaux.

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