L’Algérie et l’Arabie saoudite ont engagé un nouveau cycle de coopération bilatérale, qui ambitionne d’articuler politique pétrolière, investissements croisés et préparation de la bascule énergétique. Les deux pays, parmi les poids lourds de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole élargie (OPEP+), partagent une même équation : préserver les revenus du brut à court terme tout en finançant la diversification de leurs économies. Le rapprochement algéro-saoudien doit se lire à ce double niveau, bilatéral et multilatéral.
Alger-Riyad, une convergence née des contraintes de l’OPEP+
Depuis la crise de 2020, qui avait vu le baril plonger brièvement sous dix dollars sur certains contrats, Riyad et Alger défendent au sein de l’OPEP+ une ligne de défense des prix fondée sur la discipline des quotas. L’Arabie saoudite, premier exportateur mondial avec environ dix millions de barils par jour de capacité, et l’Algérie, dont la production tourne autour de 950 000 barils par jour selon les données publiées par l’OPEP ces dernières années, ont régulièrement voté dans le même sens lors des réunions ministérielles de l’alliance. Cette proximité technique sert désormais de socle à une relation politique plus large.
Pour Alger, la coordination avec Riyad est aussi une manière de ne pas apparaître comme un simple relais de Moscou. L’Algérie, qui a vu ses exportations gazières vers l’Europe bondir après 2022, reste un partenaire énergétique de premier plan pour l’Italie, l’Espagne et la France, et doit composer avec les attentes contradictoires de ses clients européens et de ses alliés russes. S’arrimer à la diplomatie économique saoudienne offre un contrepoids utile, notamment face aux pressions tarifaires exercées sur le gaz naturel liquéfié.
Hydrogène, renouvelables, pétrochimie : les chantiers de l’après-pétrole
Le second niveau du rapprochement concerne la préparation de l’après-hydrocarbures. L’Arabie saoudite déploie, à travers son fonds souverain Public Investment Fund (PIF), un portefeuille estimé à plus de 900 milliards de dollars, dont une part croissante est fléchée vers le solaire, l’hydrogène vert et la pétrochimie. La mégacité Neom, lancée en 2017, abrite déjà un projet d’usine d’hydrogène vert associant ACWA Power et Air Products, pour une capacité annoncée de 600 tonnes par jour à l’horizon 2026.
L’Algérie, de son côté, a adopté en 2023 une feuille de route hydrogène visant une capacité d’exportation équivalente à 10 % du marché européen de l’hydrogène à l’horizon 2040. Le pays mise également sur un programme solaire de 15 000 mégawatts porté par Sonelgaz, dont les premiers lots ont été attribués en 2023 et 2024. La convergence avec les champions saoudiens, en particulier ACWA Power, déjà présent dans plusieurs appels d’offres algériens, constitue un point d’ancrage concret. La pétrochimie, où Sonatrach cherche des partenaires pour valoriser son gaz, offre un second terrain d’entente avec Saudi Aramco et SABIC.
Une diplomatie algérienne à plusieurs entrées
Ce rapprochement avec Riyad complète une séquence diplomatique dense. Alger a signé en 2023 un partenariat stratégique approfondi avec la Chine, obtenu un prêt de 1,5 milliard de dollars de la Banque arabe pour le développement économique en Afrique en 2022, et relancé les discussions autour du gazoduc transsaharien Nigeria-Niger-Algérie, projet évalué à près de 13 milliards de dollars. L’ouverture vers l’Arabie saoudite s’inscrit dans cette architecture à géométrie variable, qui vise à éviter l’alignement exclusif sur un bloc.
Reste que la relation algéro-saoudienne porte aussi des points de friction. Les deux capitales ne partagent pas la même lecture du dossier sahélien, où Riyad soutient discrètement certains régimes de transition qu’Alger regarde avec méfiance. Sur le dossier palestinien, l’Algérie a adopté une ligne plus intransigeante que l’Arabie saoudite, qui a longtemps négocié avec Washington un cadre de normalisation avec Israël avant l’offensive du 7 octobre 2023. La coopération bilatérale devra composer avec ces divergences.
Concrètement, le succès du rapprochement se mesurera à la capacité des deux États à transformer les déclarations d’intention en flux d’investissements traçables. Le volume des échanges commerciaux entre l’Algérie et l’Arabie saoudite est resté longtemps marginal, autour de quelques centaines de millions de dollars par an, loin du potentiel affiché. C’est sur cette base modeste que se jugera, dans les prochains mois, la portée réelle de l’axe Alger-Riyad.
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