Algérie : Tebboune fixe à 2027 le cap d’une économie libérale

A nighttime cityscape of Alger Centre, featuring the illuminated Maqam Echahid in the background.Photo : Chakib Remache / Pexels

C’est devant un parterre d’opérateurs économiques qu’Abdelmadjid Tebboune a tracé la perspective d’une économie libérale en Algérie à l’horizon 2027. Le chef de l’État a résumé sa feuille de route en une phrase : « Nous passerons à l’économie libérale en 2027 ». Prononcée devant un auditoire d’entrepreneurs nationaux, la formule marque une inflexion dans un discours officiel longtemps structuré par la défense du rôle central de l’État dans l’appareil productif.

Un basculement doctrinal lourd de symboles pour l’Algérie

L’annonce rompt, au moins verbalement, avec plus d’un demi-siècle d’économie administrée. Depuis les nationalisations de 1971 décidées par Houari Boumédiène dans les hydrocarbures, l’Algérie a construit son modèle autour de Sonatrach, des banques publiques et d’un vaste tissu d’entreprises d’État. La Constitution de 2020, dernière en date, mentionne encore l’économie sociale de marché et préserve un rôle structurant à la puissance publique dans les secteurs stratégiques.

Le passage revendiqué à une économie libérale suppose donc une redéfinition des équilibres entre secteur public, secteur privé national et capitaux étrangers. Il interroge le périmètre futur des monopoles historiques, à commencer par celui de Sonatrach sur les hydrocarbures, qui fournit encore l’essentiel des recettes d’exportation et une part majoritaire des recettes budgétaires du pays. La libéralisation touche également les banques, le commerce extérieur et la distribution, trois domaines où l’encadrement administratif reste particulièrement serré.

La séquence s’inscrit dans un calendrier politique sensible. Réélu en septembre 2024 pour un second mandat, Abdelmadjid Tebboune a besoin d’ancrer sa deuxième législature dans un récit économique lisible, après des années marquées par le repli des recettes d’hydrocarbures en 2020, puis leur rebond à partir de 2022 avec la guerre en Ukraine. Fixer un horizon à 2027 revient à faire coïncider la bascule annoncée avec la mi-mandat, moment traditionnel des arbitrages lourds.

Un héritage de réformes inabouties qui pèse sur la promesse

La promesse présidentielle devra composer avec un passif. L’Algérie a déjà connu plusieurs épisodes d’ouverture, suivis de reculs. Le programme d’ajustement structurel conclu avec le Fonds monétaire international en 1994 avait ouvert la voie à une première vague de privatisations, rapidement freinée. La règle du 51/49, imposée en 2009 aux investissements étrangers, a été allégée en 2020 pour la plupart des secteurs hors stratégique, sans provoquer l’afflux de capitaux escompté.

Le nouveau code des investissements, promulgué en 2022, visait précisément à rassurer les investisseurs en garantissant la stabilité des avantages fiscaux et en recentrant l’Agence algérienne de promotion de l’investissement sur un rôle de guichet. Les résultats, à ce stade, demeurent en deçà des objectifs affichés, notamment dans l’industrie manufacturière et les services. Le secteur public représente toujours une part prépondérante de la valeur ajoutée hors hydrocarbures, et l’emploi public pèse lourdement sur les finances de l’État.

Pour les opérateurs économiques présents dans la salle, la question centrale porte moins sur le mot « libéral » que sur son contenu opérationnel. La libéralisation du commerce extérieur, assouplie puis durcie à plusieurs reprises depuis 2015, reste un marqueur sensible. L’accès au financement bancaire, la convertibilité du dinar et le régime du contrôle des changes constituent d’autres points de passage obligés d’une transition crédible.

Les conditions d’un virage soutenable d’ici 2027

Trois chantiers paraissent incontournables pour donner corps au cap présidentiel. Le premier concerne le désengagement progressif de l’État des activités concurrentielles, qu’il s’agisse de l’industrie, du tourisme ou de la grande distribution, sans brader les actifs. Le deuxième touche à la régulation : un passage à l’économie libérale ne peut se concevoir sans autorités indépendantes solides dans la concurrence, les télécommunications, l’énergie et la banque.

Le troisième chantier est budgétaire. La soutenabilité du modèle actuel repose sur le baril de Brent et sur les transferts sociaux. Un repli durable des cours mettrait sous tension les subventions à l’énergie, au pain et au lait, dossier politiquement explosif. L’articulation entre réforme libérale et préservation du contrat social hérité des années 1970 constitue, pour l’exécutif algérien, l’équation la plus délicate à résoudre.

La trajectoire algérienne sera scrutée bien au-delà de ses frontières, notamment par les partenaires européens, premiers clients du gaz algérien depuis la réorientation des flux consécutive au conflit ukrainien, ainsi que par les voisins maghrébins, Maroc et Tunisie, engagés dans des modèles économiques différents. Entre l’énoncé d’un cap et sa matérialisation en textes, en budgets et en comportements administratifs, l’écart demeure, en Algérie comme ailleurs, le véritable juge de paix.

Pour aller plus loin

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About the Author

Amina Ben Salem
Journaliste économique pour le Maghreb, Amina Ben Salem suit les économies algérienne, tunisienne et marocaine, ainsi que leurs liens avec l'Afrique subsaharienne. Elle analyse les politiques industrielles, la macroéconomie, les programmes de financement international et les partenariats énergétiques méditerranéens.

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