Savannah Energy persiste dans sa demande de 397 M USD sur COTCO

A detailed view of industrial pipelines in a Saudi Arabian factory setting.Photo : Mumtaz Niazi / Pexels

La position de Savannah Energy n’a pas varié. L’indépendant britannique confirme en novembre 2026 qu’il maintient une réclamation chiffrée à 397 millions de dollars dans le différend qui l’oppose aux autres actionnaires et aux États hôtes de la Cameroon Oil Transportation Company (COTCO), société qui exploite la section camerounaise du pipeline reliant les champs de Doba, dans le sud du Tchad, au terminal offshore de Kribi. Ce dossier, suivi de près par les investisseurs du secteur, cristallise les tensions nées du retrait des majors anglo-saxonnes et asiatiques de la zone CEMAC.

Un héritage contesté du désengagement des majors

Pour comprendre la portée du contentieux, il faut remonter à 2022 et 2023. Savannah Energy, coté à Londres, s’est positionné comme repreneur des actifs amont et midstream d’ExxonMobil au Tchad, puis des participations de Petronas, dans un mouvement de consolidation qui lui a permis de prendre pied sur l’ensemble de la chaîne pétrolière tchado-camerounaise. L’opération devait faire du groupe britannique l’un des rares opérateurs intégrés d’Afrique centrale, contrôlant à la fois la production dans le bassin de Doba et une part significative de l’infrastructure d’évacuation.

Mais la transaction s’est heurtée à la volonté de Ndjamena d’exercer un contrôle plus direct sur sa rente pétrolière. En mars 2023, les autorités tchadiennes ont annoncé la nationalisation de l’ensemble des actifs d’Esso Tchad et des intérêts dans la société de transport locale, TOTCO. Le gouvernement de transition conduit par Mahamat Idriss Déby a invoqué la défense de l’intérêt national, estimant que la cession entre majors et indépendant s’était faite sans l’aval formel de l’État. Depuis, les discussions se poursuivent sur le traitement réservé à la contrepartie camerounaise, COTCO, dont la gouvernance oppose Savannah à la Société nationale des hydrocarbures (SNH) et aux représentants de l’État tchadien.

COTCO, verrou logistique d’une rente régionale

L’enjeu dépasse largement la seule question comptable. Le pipeline Tchad-Cameroun, long d’environ 1 070 kilomètres et mis en service en 2003 sous l’égide d’un consortium emmené à l’origine par ExxonMobil, Chevron et Petronas, demeure l’unique route d’évacuation du brut tchadien vers les marchés internationaux. Il a été financé à hauteur de 3,7 milliards de dollars, avec le concours de la Banque mondiale, dans ce qui fut longtemps présenté comme un modèle de projet extractif encadré. Sa capacité nominale avoisine 225 000 barils par jour, même si les flux réels se situent autour de 110 000 à 130 000 barils quotidiens ces dernières années, selon les cycles de production de Doba et des champs satellites.

Pour le Cameroun, les droits de transit perçus par COTCO constituent une recette budgétaire récurrente, estimée à plusieurs dizaines de millions de dollars par an. Pour le Tchad, le pipeline conditionne la quasi-totalité des exportations d’hydrocarbures et, par ricochet, une part déterminante des recettes de l’État. Toute interruption prolongée ou contestation juridictionnelle pèse donc sur l’équilibre macroéconomique des deux pays, dans un contexte où le FMI suit de près la trajectoire de la dette tchadienne restructurée en 2022.

Un signal pour les investisseurs midstream en Afrique centrale

La somme réclamée par Savannah, 397 millions de dollars, correspond à l’évaluation que l’indépendant fait de ses droits économiques et des flux attendus de COTCO, calculés sur la base des participations acquises auprès des majors sortantes. Les autorités tchadiennes et camerounaises, elles, contestent la validité des conditions de transfert et la valorisation retenue. La bataille se joue devant des instances d’arbitrage international, voie classique dans ce type de contentieux extractif opposant investisseurs étrangers et États hôtes.

Le précédent le plus comparable reste celui opposant TotalEnergies et l’État ougandais aux premières heures du projet EACOP, ou encore les contentieux entre majors et autorités congolaises autour du transport pétrolier. À chaque fois, la question centrale porte sur le partage de la rente d’infrastructure lorsqu’un indépendant succède à une major. Reste que l’issue du dossier Savannah pèsera sur la perception du risque pays en zone CEMAC et sur l’appétit des financiers midstream pour les infrastructures d’évacuation d’Afrique centrale. Les décisions attendues dans les prochains mois diront si Ndjamena et Yaoundé parviennent à imposer leur lecture ou si l’indépendant britannique obtient la reconnaissance financière qu’il revendique.

Pour aller plus loin

Côte d’Ivoire : PETROCI devient opérateur et enlève son premier brut · Cameroun : Savannah Energy réactive l’hydro-solaire de Bini à Warak · Le Bénin exporte 330 000 barils du champ de Sèmè vers Rotterdam

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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