Le projet d’usine de bitume de Kribi change de braquet. Entre le 12 février et le 6 avril 2026, deux décisions ministérielles ont sécurisé le cadre fiscal et industriel de cet investissement évalué à 161 milliards de FCFA dans le sud du Cameroun. La première, signée par le ministre des Finances Louis Paul Motazé, fixe la liste des intrants et équipements admis en franchise de droits de douane. La seconde, paraphée par le ministre de l’Eau et de l’Énergie Gaston Eloundou Essomba, octroie à la société All Bitumen Cameroon Plc l’agrément de raffinage indispensable à la production locale.
Un cadre fiscal taillé pour la production locale de bitume
La mesure douanière s’inscrit dans la loi de finances 2026, promulguée à l’issue de son adoption par l’Assemblée nationale. Elle exonère totalement de droits et taxes les biens d’équipement techniques destinés à l’industrie du bitume de pétrole. Les intrants, eux, bénéficient d’un droit de douane ramené au taux réduit de 5 % et d’une exonération de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) à l’importation. Pour Yaoundé, l’objectif affiché consiste à abaisser le coût de revient d’un matériau stratégique pour les chantiers routiers nationaux.
La portée symbolique est également notable. En décrochant son agrément de raffinage, All Bitumen Cameroon devient la deuxième entité industrielle à disposer d’un tel sésame dans le pays, après la Société nationale de raffinage (Sonara) basée à Limbé. Son directeur général, Ahmadou Oumarou, y voit la validation par les autorités sectorielles d’un dossier défendu devant l’ensemble de la filière hydrocarbures. La société ambitionne de positionner le Cameroun comme premier pôle de production de bitume en Afrique centrale.
Pöerner, Yamata, EDL et Parlym mobilisés sur les études finales
Munie de ces feux verts administratifs, l’entreprise a réuni à Yaoundé les 2 et 3 juin 2026 ses partenaires techniques pour lancer la phase de finalisation des études d’ingénierie (FEED Completion). Le tour de table industriel rassemble l’autrichien Pöerner, spécialiste mondial des technologies d’oxydation, le turc Yamata, l’allemand EDL et le français Parlym. Ces constructeurs réalisent eux-mêmes les analyses afin de verrouiller le coût final et les performances opérationnelles de l’unité.
Le volet financier de ces études doit être livré dans un délai de six semaines, tandis que les composantes techniques et architecturales sont attendues neuf semaines après leur lancement. Ces livrables conditionnent la mobilisation des financements, dont le chef de file pressenti est la Banque africaine d’import-export (Afreximbank). Le montant global, provisoirement arrêté à 161 milliards de FCFA, pourra être ajusté à l’issue de cette séquence.
Sur le terrain, les travaux préparatoires se précisent. Le site de 60 hectares concédé dans la zone industrialo-portuaire de Kribi va accueillir prochainement les terrassements généraux. Pour financer cette première phase, l’État a inscrit une dotation de 2 milliards de FCFA au profit du Port autonome de Kribi (PAK) dans la loi de finances 2026. Le plan de terrassement, longtemps perçu comme le principal point de blocage, a été achevé par l’ingénierie de l’opérateur et transmis aux autorités portuaires.
Un levier d’import-substitution chiffré à 300 milliards de FCFA
Le dimensionnement industriel illustre l’ambition du projet. L’usine affichera une capacité annuelle de 250 000 tonnes de bitume, adossée à une mini-raffinerie de 10 000 barils par jour qui en assurera l’approvisionnement en matière première. L’investissement devrait créer entre 300 et 400 emplois directs et environ 1 500 emplois indirects, principalement dans la sous-région de Kribi.
L’enjeu macroéconomique dépasse le seul périmètre industriel. Le Cameroun importe actuellement près de 70 000 tonnes de bitume par an, un poste qui pèse environ 300 milliards de FCFA sur le déficit annuel de la balance commerciale. La substitution de ces flux par la production locale s’inscrit pleinement dans la doctrine d’import-substitution défendue par le gouvernement. Les professionnels du bâtiment et des travaux publics tablent par ailleurs sur une réduction d’environ 30 % du coût de construction des routes une fois l’usine opérationnelle. Cette perspective explique l’engagement de l’État à entrer au capital du projet à hauteur d’au moins 15 %. Selon Investir au Cameroun, la chaîne de décisions enregistrée depuis février conforte le calendrier d’exécution du chantier.
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