Les groupes chinois du BTP contrôlent 66 % des chantiers routiers en cours dans le Grand Nord du Cameroun, selon un état des lieux du ministère des Travaux publics. Sur les 16 marchés recensés dans l’Adamaoua, le Nord et l’Extrême-Nord, dix sont exécutés par des sociétés venues de Chine, pour une valeur cumulée avoisinant 306 milliards de FCFA sur un portefeuille global de 465 milliards. La domination s’exerce sur quatre programmes structurants adossés à des financements de la Banque africaine de développement (BAD), de l’Union européenne et de la Banque mondiale, complétés par des contreparties du Trésor camerounais.
Les axes concernés dessinent la colonne vertébrale routière du septentrion : reconstruction de la Ngaoundéré-Garoua, aménagement de la Maroua-Bogo-Pouss, réhabilitation des tronçons Maroua-Moutourwa et Magada-Yagoua dans le Projet d’aménagement territorial de l’Extrême-Nord (PAT), ainsi que la remise en état de la Mora-Kousseri. Ces itinéraires conditionnent l’ouverture du bassin cotonnier, les échanges avec le Tchad et le Nigeria, et l’acheminement de l’aide humanitaire dans une zone marquée par l’insécurité liée à Boko Haram.
Des chantiers stratégiques, une exécution poussive
La concentration des marchés contraste avec la lenteur des travaux. Sur la Ngaoundéré-Garoua, les cinq lots, tous confiés à des opérateurs chinois, plafonnent sous 5 % d’exécution dix mois après l’ordre de service. Le tronçon Magada-Yagoua, tenu par le groupement Sinohydro/Stecol, oscille entre 14 % et 19 % d’avancement, alors que plus de 80 % des délais contractuels ont été consommés. Un déséquilibre qui expose l’État à de futurs avenants coûteux et à des rallonges de calendrier difficiles à négocier avec les bailleurs.
Le climat s’est tendu à l’automne. Zhonglin International Construction, titulaire d’un lot de la Mora-Kousseri, a été mis en demeure par le ministère des Travaux publics pour insuffisance de personnel d’encadrement. Yaoundé menace de résilier le marché en l’absence de mesures correctives. Sur le tronçon Maroua-Moutourwa, le groupement Sotcocog/STAPORT a lui aussi reçu un rappel à l’ordre, signe que les difficultés dépassent la seule sphère des adjudicataires chinois.
CCCC, PowerChina et CGCOC en tête de gondole
Parmi les groupes chinois engagés, China Communications Construction Company (CCCC) affiche le portefeuille le plus lourd, à travers deux filiales spécialisées. China First Highway Engineering Company (CFHEC) exécute deux lots de la Ngaoundéré-Garoua pour environ 58,8 milliards de FCFA, quand China Harbour Engineering Company (CHEC) en détient un autre à 29,2 milliards. Le conglomérat pèse ainsi près de 88 milliards sur le seul Grand Nord.
Le groupement Sinohydro/Stecol, adossé à PowerChina, totalise 68,6 milliards de FCFA sur les sections Magada-Guidiguis et Guidiguis-Yagoua du PAT. CGCOC Group cumule pour sa part environ 63,3 milliards entre la Ngaoundéré-Garoua et la Maroua-Bogo-Pouss. Deux autres acteurs complètent le tableau : China International Water & Electric, présent sur la Ngaoundéré-Garoua avec un marché de 26,1 milliards, et Xinjiang Communications Construction Group, adjudicataire de 24,1 milliards sur la Maroua-Bogo-Pouss. Zhonglin International Construction affiche, quant à lui, 35,5 milliards sur la Mora-Kousseri.
Sotcocog, unique contrepoids d’envergure
Le pan non chinois du portefeuille reste fragmenté. La société tchadienne Sotcocog, installée au Cameroun depuis 2011, s’y taille la part la plus visible avec trois marchés, notamment en groupement avec STAPORT, pour environ 75 milliards de FCFA. Elle intervient sur la Maroua-Moutourwa et sur deux lots de la Mora-Kousseri, où elle approche de la livraison de la section Mora-Tchakamari, dont l’exécution frôle 93 %. Une performance qui tranche avec les difficultés observées ailleurs.
Deux autres attributaires complètent l’axe Mora-Kousseri : SOMAF, associé au turc Metag İnşaat, pour 38 milliards de FCFA HT, et le consortium nigérian AA Hatlad Construction-JFA Construction, pour 47 milliards. Reste un angle mort du dispositif : les entreprises camerounaises n’apparaissent guère comme titulaires principaux dans ce portefeuille financé par les bailleurs internationaux. Une éviction récurrente qui alimente le débat sur la préférence nationale et la montée en compétences du tissu local du BTP. Selon Investir au Cameroun.
Pour aller plus loin
Ngaoundéré-Garoua : 30 milliards de FCFA versés, chantiers à l’arrêt · La BAD exclut China Railway 20 pour fraude sur un chantier camerounais · Guinée : Wabtec remporte un contrat ferroviaire de 700 millions

Be the first to comment on "Cameroun : les groupes chinois raflent 66 % des routes du Grand Nord"