La dette africaine en devises revient au premier plan. Selon un rapport publié par la Banque mondiale en octobre 2026, treize pays africains émetteurs d’euro-obligations devront honorer, sur les prochaines années, un encours cumulé de 43,6 milliards de dollars. Ce chiffre, concentré sur un petit nombre de signatures souveraines, dessine un calendrier d’échéances tendu, à un moment où les conditions de refinancement sur les marchés internationaux restent dégradées par rapport à la décennie précédente.
Un cycle d’endettement arrivé à maturité
La séquence actuelle est l’héritage direct du cycle d’émissions ouvert à partir de 2007, lorsque le Ghana est devenu le premier émetteur subsaharien hors Afrique du Sud à placer une euro-obligation sur les marchés internationaux. Entre 2010 et 2021, une vingtaine d’États africains ont profité de taux historiquement bas et d’un appétit soutenu des investisseurs pour la dette émergente afin d’émettre en dollars ou en euros, avec des maturités souvent comprises entre dix et trente ans. Ce sont ces émissions, lancées à des coupons parfois inférieurs à 6 %, qui arrivent aujourd’hui en phase de remboursement.
Les signatures les plus exposées sont connues des investisseurs : Nigeria, Égypte, Afrique du Sud, Angola, Kenya, Côte d’Ivoire, Sénégal, Cameroun, Gabon, Ghana, Zambie, Éthiopie, Tunisie figurent parmi les émetteurs souverains africains les plus actifs de la période. Trois d’entre eux, le Ghana, la Zambie et l’Éthiopie, ont déjà fait défaut ou engagé une restructuration dans le cadre du Cadre commun du G20, ce qui rend le refinancement de leurs tombées résiduelles particulièrement sensible.
Un marché primaire devenu plus sélectif
La difficulté tient moins au montant brut qu’au contexte de refinancement. Depuis le durcissement monétaire de la Réserve fédérale amorcé en 2022, les rendements exigés sur la dette souveraine africaine ont fortement progressé. La Côte d’Ivoire, revenue sur le marché en janvier 2024 après deux ans d’absence des émetteurs subsahariens, a dû consentir un rendement proche de 8,5 % sur sa tranche en dollars à neuf ans. Le Bénin, le Kenya puis le Sénégal ont suivi, à des conditions comparables, confirmant que la fenêtre de marché est ouverte, mais à un prix nettement plus élevé qu’au moment des émissions originelles.
Concrètement, un pays qui avait placé une euro-obligation à 6 % en 2015 doit aujourd’hui la refinancer à 9 % ou 10 %, soit un surcoût budgétaire durable étalé sur toute la nouvelle maturité. Pour les États dont le service de la dette dépasse déjà 20 % des recettes publiques, la mécanique devient préoccupante. Le Fonds monétaire international (FMI) estimait, dans ses dernières revues régionales, qu’une vingtaine de pays d’Afrique subsaharienne se situaient en situation de surendettement ou à risque élevé de surendettement.
Marges de manœuvre : rachats, échanges, concours multilatéraux
Face à ce calendrier, les options techniques se sont étoffées. Plusieurs souverains ont déjà pratiqué des rachats partiels ou des opérations d’échange destinées à lisser les tombées. Le Nigeria et l’Angola ont, à différentes reprises, procédé à des rachats anticipés sur leurs souches les plus courtes, pour éviter une concentration de remboursements sur une même année. Le Bénin a innové en 2024 avec une opération dite de gestion de passif adossée à un financement de la Banque mondiale, permettant d’allonger la maturité moyenne de sa dette tout en abaissant son coût.
La Banque africaine de développement (BAD) et la Banque mondiale travaillent par ailleurs sur des mécanismes de garantie partielle, destinés à abaisser la prime de risque exigée par les marchés sur les nouvelles émissions. Reste la voie du Cadre commun du G20, dont la lenteur a été critiquée par les ministres africains des finances lors des réunions de printemps 2024 et 2025 à Washington. L’expérience zambienne, dont la restructuration a pris près de trois ans entre la demande officielle et l’accord final avec les créanciers obligataires, continue de peser sur la perception du risque souverain africain.
Le véritable test porte donc moins sur la capacité des treize émetteurs à mobiliser 43,6 milliards de dollars que sur la combinaison qu’ils parviendront à construire entre refinancement de marché, concours des institutions multilatérales et éventuels aménagements bilatéraux. De cette équation dépendent la trajectoire des notations souveraines et, par ricochet, le coût de la dette privée africaine pour les années à venir.
Pour aller plus loin
Dette publique du Gabon : la transparence statistique en question · Mobile money : la BCEAO rehausse les plafonds des porte-monnaie électroniques · Monnaie électronique en zone UMOA : nouveau seuil fixé par la BCEAO

Be the first to comment on "Dette africaine : 43,6 milliards de dollars à refinancer pour 13 États"