Gunvor perquisitionné à Genève pour un contrat pétrolier gabonais

Aerial view of a large cargo ship at an industrial harbor in Libya during daytime.Photo : abdo alshreef / Pexels

Le siège genevois de Gunvor, l’un des principaux négociants mondiaux de matières premières, a été perquisitionné par la justice helvétique dans le cadre d’une enquête visant des soupçons de corruption d’agents publics étrangers. Les investigations portent sur un contrat pétrolier conclu avec le Gabon en 2024, période charnière marquée par la reprise en main d’actifs stratégiques par les autorités de Libreville. L’affaire ravive les interrogations sur les pratiques des traders suisses dans le golfe de Guinée, déjà éclaboussés par plusieurs scandales au cours de la dernière décennie.

Un contrat pétrolier gabonais au cœur de l’enquête suisse

Le Ministère public de la Confédération s’intéresse aux conditions d’attribution et d’exécution du contrat liant le négociant genevois à l’État gabonais. L’accord aurait été signé dans un contexte particulier : celui de la nationalisation d’actifs pétroliers et de la mobilisation de financements massifs destinés à recomposer la chaîne de valeur des hydrocarbures du pays. Les enquêteurs cherchent à établir si des paiements indus ont accompagné la conclusion de cet engagement commercial.

Gunvor n’en est pas à sa première mise en cause. Le négociant avait déjà été condamné en 2019 par la justice suisse à verser 94 millions de francs dans une affaire de corruption visant la République du Congo et la Côte d’Ivoire. Une amende qui n’avait pas entamé son positionnement sur les marchés africains, où il demeure l’un des principaux acheteurs de bruts angolais, nigérians, congolais et gabonais. La récidive apparente, si elle se confirmait, placerait le groupe dans une situation juridique délicate.

Libreville en pleine reconfiguration de son amont pétrolier

L’enquête survient alors que le Gabon, sous la conduite des autorités issues de la transition d’août 2023, a engagé un mouvement de réappropriation de ses actifs énergétiques. Libreville a notamment racheté en 2024 les activités d’Assala Energy à Carlyle, opération évaluée autour de 1,3 milliard de dollars, finalisée via la Gabon Oil Company. Cette stratégie de montée en puissance de l’opérateur public a nécessité la sécurisation de lignes de financement importantes, dans un secteur où la production nationale oscille autour de 200 000 barils par jour.

C’est précisément dans cet environnement que s’inscrit le contrat signé avec Gunvor. Les traders internationaux jouent un rôle pivot dans le préfinancement des cargaisons, en avançant des liquidités contre des livraisons futures de brut. Ces montages, courants dans le golfe de Guinée, exposent toutefois les producteurs à des conditions financières parfois opaques et à des intermédiations contestées. La justice suisse cherche à déterminer si la conclusion du contrat gabonais a obéi à ces standards ou si des paiements parallèles ont été consentis pour en sécuriser l’attribution.

Une réputation à reconstruire pour le négoce genevois

Pour la place suisse, qui concentre une part significative du négoce mondial de pétrole brut, le dossier constitue un nouveau test de crédibilité. Berne a renforcé ces dernières années son arsenal contre la corruption transnationale, sous la pression des organisations internationales et des partenaires européens. Les perquisitions chez Gunvor traduisent une volonté affichée du parquet fédéral d’engager des poursuites visibles contre les opérateurs établis sur son territoire.

Du côté gabonais, l’affaire intervient à un moment politiquement sensible. Le président Brice Clotaire Oligui Nguema, élu en avril 2025, a fait de la transparence dans la gestion des ressources naturelles l’un des axes affichés de sa gouvernance. Une éventuelle mise en cause d’agents publics dans le dossier Gunvor pourrait fragiliser ce discours et raviver les critiques sur la persistance de pratiques contestées dans l’attribution des contrats stratégiques. Aucune charge formelle n’a toutefois été rendue publique à ce stade, et le négociant suisse bénéficie de la présomption d’innocence.

Reste que l’enquête helvétique pourrait s’étendre dans la durée. Les précédents dossiers traités par le parquet de la Confédération ont parfois mobilisé plusieurs années avant d’aboutir, en raison de la complexité des flux financiers à reconstituer et de la nécessaire coopération judiciaire internationale. Selon Gabon Review, les investigations sont désormais ouvertes et la perquisition au siège genevois marque l’entrée du dossier dans une phase active.

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Moussa Kéita
Spécialiste des matières premières et de la transition énergétique, Moussa Kéita suit les filières pétrolières, gazières et minières africaines. Il s'intéresse particulièrement à la gouvernance des ressources extractives, aux nouveaux projets d'hydrogène vert et aux tensions géopolitiques autour des minerais stratégiques comme le cobalt et le lithium.

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