La revendication portée par les proviseurs du Sud-Liban et de Nabatieh marque un nouveau point de friction entre les territoires frontaliers d’Israël et l’administration centrale beyrouthine. Réunis pour évaluer la situation pédagogique de leurs établissements à l’approche de la session officielle, les directeurs des lycées publics ont conclu à l’impossibilité matérielle et morale de soumettre leurs élèves aux examens nationaux. Ils plaident pour une annulation totale, et non pour un simple aménagement du calendrier.
Un appareil scolaire désorganisé par la guerre
Les deux mohafazats du Sud, théâtres principaux des affrontements entre le Hezbollah et l’armée israélienne depuis octobre 2023, restent profondément affectés malgré le cessez-le-feu entré en vigueur en novembre 2024. Des dizaines d’écoles publiques ont été endommagées, détruites ou reconverties en abris pour familles déplacées. Plusieurs localités situées au sud du Litani demeurent inaccessibles ou partiellement évacuées, et les enseignants peinent à reprendre un rythme d’instruction normal.
Dans ce contexte, les chefs d’établissement soulignent une rupture du principe d’équité républicaine. Un élève de Bint Jbeil ou de Marjeyoun, ayant suivi une scolarité fragmentée entre cours en présentiel, sessions en ligne intermittentes et déplacements forcés, ne peut être évalué selon les mêmes critères qu’un lycéen de Beyrouth ou du Kesrouan. Les directeurs estiment que maintenir les épreuves dans ces conditions reviendrait à entériner une fracture territoriale au sein du système éducatif libanais.
Une revendication politique autant que pédagogique
Au-delà du diagnostic technique, la démarche revêt une dimension politique. Les responsables des lycées du Liban-Sud et de Nabatieh adressent un signal clair au ministère de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur quant à la gestion centralisée des crises sectorielles. Ils dénoncent, en filigrane, une approche jugée déconnectée du vécu des régions frontalières, où la reconstruction des infrastructures civiles demeure lente et tributaire d’arbitrages politiques et financiers complexes.
Le débat sur les examens officiels n’est pas inédit. Depuis la crise économique de 2019, le secteur éducatif libanais traverse une zone de turbulences continue : grèves prolongées des enseignants du public, effondrement des salaires en livres libanaises, départ massif de cadres vers le privé ou l’étranger, et interruptions répétées de l’année scolaire. La guerre de 2024 a aggravé ce fragile équilibre, en particulier dans les zones méridionales où le tissu scolaire public reste le principal vecteur d’ascension sociale.
Un précédent qui pèse sur la décision ministérielle
Le ministère avait, lors de précédents épisodes critiques, opté pour des formules de compromis : examens allégés, sessions reportées, certifications délivrées sur la base des moyennes annuelles. Ces dispositifs avaient permis de préserver la valeur symbolique du baccalauréat libanais tout en reconnaissant les circonstances exceptionnelles. Les proviseurs du Sud semblent désormais réclamer une approche plus radicale, considérant que les mesures palliatives ne suffisent plus à compenser l’ampleur des perturbations.
L’enjeu dépasse la stricte logistique scolaire. La question des examens cristallise les tensions autour de la place du Sud dans la République libanaise au lendemain du conflit. Toute décision ministérielle sera scrutée comme un indicateur de la capacité de l’État à reconnaître la spécificité des zones sinistrées sans créer de précédent jugé inéquitable par les autres régions. Les autorités doivent également composer avec les universités, libanaises comme étrangères, qui exigent des diplômes reconnus pour l’inscription des bacheliers.
Pour l’heure, le ministère n’a pas tranché. Les semaines à venir seront décisives : un calendrier officiel doit être arrêté rapidement, alors que les enseignants du Sud entament leurs propres consultations syndicales. La réponse apportée à la requête des proviseurs constituera un test grandeur nature pour la nouvelle équipe gouvernementale, déjà sous pression sur les dossiers de la reconstruction et du désarmement au sud du Litani. Selon Al Akhbar.
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